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Juste en face de notre ferme, de l’autre côté de la route et sous un orme gigantesque, se dressait la maison d’Hiram Fisher. Il y habitait avec sa famille composée de sa femme, Mary, et de leur fille, Jeanne, cousine de mon camarade l’Échalas. Tout autour de leur demeure poussaient des vignes qui s’étendaient jusqu’à l’orée des bois de Bingham.
Jeanne avait de jolis yeux bleus, une lourde tresse de cheveux brun doré et un délicieux teint rose qui, plus tard, se couvrit de quelques taches de rousseur. Maintes fois j’ai entendu ma mère proclamer que Jeanne était le plus beau brin de fille de tous les environs, c’est-à-dire trois ou quatre fermes isolées et plusieurs hameaux. Tout le monde l’aimait, mais je lui vouais une affection particulière.
Dans le petit monde où j’entrais, Jeanne se distingua tout de suite à mes yeux. Elle avait onze ans lors de notre arrivée à la ferme, ce triste jour de décembre, mais avec la clairvoyance digne d’une grande personne, elle comprit le chagrin éploré de ce gamin de six ans, seul et dépourvu d’amis, désemparé par la crainte de l’inconnu, et elle m’emmena d’une maison sans confort et sans joie dans la chaude cuisine de sa mère, où elle me gava de pain et de lait.
Jeanne fut mon soutien et mon idéal pendant les heures sombres de ma tendre jeunesse. Ma mère triompha souvent de ma résistance à lui obéir grâce à l’intervention de ma petite amie. Je courais me réfugier chez elle dès que mon père voulait me punir et elle refusait de me livrer à sa juste colère tant que la paix n’était pas signée. En mainte bataille Jeanne me tira d’embarras, et c’est toujours elle qui me consolait lorsque j’étais battu par quelque écolier. Je me souviens avec quel empressement elle me prit des bras maternels et me berça pendant toute une nuit, peu de temps après notre installation à la ferme. Je souffrais d’une horrible rage de dents et croyais ma dernière heure venue. Les aînés ne sauraient imaginer toute la douleur d’un gosse de six ans. Jeanne me donna le courage de me faire arracher cette maudite dent le lendemain par le docteur Benscoter.
Partout où elle allait, Jeanne apportait avec elle le soleil et la gaieté. On l’entendait rire et chanter à tout moment dans les champs et dans la ferme et, bien que parfois elle se comportât en vrai garçon, courût, grimpât aux arbres et sût se servir d’un fusil aussi bien que le meilleur d’entre nous, elle pensait toujours aux autres. Sa constante sollicitude envers moi ne diminua pas avec les années.
Pour conserver à ce récit toute sa véracité, je dois, à ma honte, avouer que lorsque j’eus atteint mes onze ans, l’heureuse influence de Jeanne sur moi cessa brusquement. Non que ma protectrice m’eût délaissé, mais parce que je subissais alors la domination d’un mauvais sujet dont la fréquentation m’entraîna à toutes sortes de méfaits qui devaient profondément modifier le cours de ma vie.
Un jour, pendant la leçon de grammaire, je me montrai dissipé au point que Mme Bacon, notre institutrice, me menaça de me tirer les oreilles si je continuais à troubler ainsi la classe. Le jeune voyou, assis immédiatement derrière moi, me souffla à l’oreille : « Eh ! froussard ! réponds-lui donc ! » Avant même de savoir ce que je faisais, je lançai cette phrase fatale : « Eh bien, osez donc ! »
De temps immémorable, notre petite école en brique rouge avait reçu des générations hétérogènes d’élèves, mais depuis trois ou quatre années un certain nombre de garnements, venus du village de Ceylon et des environs, en avaient fort compromis la discipline. Elle comptait une quarantaine d’élèves, âgés de quatre ou cinq ans jusqu’à seize ans, garçons et filles pour la plupart très sages, à l’exception de quelques fortes têtes, parmi lesquels un nommé Jimmy Curwood. Je ne m’étonne plus, à présent, que le jeune bourru ait pu diriger tous mes actes, mais à cette époque ni Jeanne ni moi ne comprenions cette transformation dans mon attitude. Je tombais en extase devant la stature et la force de l’autre, j’admirais ses exploits, et personne ne m’ouvrit les yeux sur la lâcheté de cet individu, qui rudoyait et battait invariablement plus faible que lui.
Mes facultés de jugement sur la conduite des autres étaient très restreintes. Jeanne était foncièrement bonne et droite, mais elle ne pouvait me mettre en garde pour l’excellente raison qu’elle-même ne se rendait pas compte de l’influence néfaste dont j’étais victime.
Personne ne m’avait averti du fait que rosser une fille constituait une violation aux lois rudimentaires de la chevalerie. Six parmi les écolières tenaient tête aux plus vigoureux d’entre nous ; l’une d’elle me flanqua des volées dès mes sept ans, et trois autres s’acharnèrent fréquemment contre moi. Je serais facilement arrivé à bout d’une, ou même de deux, mais je succombais sous les coups des trois ensemble.
Sans réfléchir davantage, je ne me préoccupai que de sortir vainqueur de ce tournoi et rassemblai toutes mes forces pour battre Mme Bacon qui avait accepté le défi. Le jeune voyou me pressait par-derrière. « Vas-y ! N’aie pas peur ! Tu auras le dessus ! » me conseillait-il. Hélas ! Jeanne n’était pas à l’école. Je ne saurai jamais si sa bonté lui eût fait comprendre la vilenie de mon acte, si elle m’eût retenu sur la mauvaise pente. Personne ne bronchait. Tous les regards étaient braqués sur moi. Je tenais ma destinée entre mes mains.
Ce jour-là, je commis un crime abominable. Je me livrai à des voies de fait sur la personne de Mme Bacon, cette brave femme de cinquante ans, qui était la douceur même, et dont le seul tort avait été de m’administrer un châtiment cent fois mérité. De propos délibéré, je la bombardai de coups. Non pour me venger d’une punition antérieure ou dans un effort pour me défendre. Mon acte ne comportait aucune rancœur personnelle. Sur le plancher transformé en arène eut lieu une bataille comme n’en avait jamais vu les jeunes yeux de mes camarades. L’issue faillit m’être défavorable, car j’avais affaire à un adversaire de poids : seuls mes coups de poing au ventre firent pencher la balance de mon côté et toute l’école put entendre les soupirs de la pauvre femme chaque fois que je la frappais à cet endroit sensible. Enfin elle s’affaissa par terre et fondit en larmes.
Chose étrange, le pâle voyou fut le seul à me féliciter ; les autres enfants étaient sidérés de peur, encore qu’ils ne comprissent pas l’énormité de mon acte. Cependant, mon enthousiasme ne fit pas long feu. Mon père fut mis au courant du scandale avant d’en être averti officiellement, et je ne tardai pas à considérer l’affaire sous un nouveau jour. Une correction s’abattit sur moi, non moins vigoureuse que les reproches qui s’ensuivirent. Des gens allaient en prison pour des fautes moins graves, ajouta mon père. Je dus présenter mes excuses à Mme Bacon, qui m’accorda son pardon.
Malheureusement je continuai à fréquenter le gibier de potence. Il me prit sous son aile et, en témoignage de son amitié, battit comme plâtre quelques jours plus tard un grand diable d’Allemand qui me menaçait. Mais bientôt j’allais commettre une deuxième folie qui devait faire époque dans mon existence. Dans ma cervelle d’enfant, je me considérai comme un hors-la-loi et je me décidai à m’enfuir sur mer pour échapper aux conséquences de mon mauvais coup.
La protection du jeune scélérat rehaussa énormément mon prestige aux yeux de mes camarades d’école, mais cela ne me suffisait plus : je voulais les éblouir par une intelligence et un courage supérieurs à ceux de mon jeune maître, je voulais me couronner d’une gloire impérissable.
Ma mère possédait un pistolet de petit calibre qu’elle portait sur elle lorsque, des années avant ma naissance, elle avait traversé le Texas avec mon père. Je pris cette arme en cachette, l’amenai à l’école et la tirai de ma poche, devant mes camarades émerveillés. Aucun d’eux n’osa rapporter le fait à notre institutrice.
Au cours de l’après-midi, je demandai la permission de quitter la classe pour quelques instants, sous un prétexte quelconque, À peine dehors, je fus bien embarrassé. Je cherchai en vain quelle prouesse accomplir lorsque, à ce moment-là, Gertie Smith et deux autres petites filles sortirent de l’école en courant et disparurent sous un appentis à une vingtaine de pas d’où je me trouvais. Aussitôt, mon mauvais génie m’inspira une idée abracadabrante.
Sans la moindre intention de blesser les fillettes, je me mis joyeusement à tirer dans la direction de leur retraite. Incapable de mesurer les conséquences de mon acte, je ne songeais qu’à créer une sensation extraordinaire. Je voulais, moi, le petit Jimmy Curwood, prouver au monde que le courage et l’héroïsme n’étaient pas morts. Mais je fus bientôt désillusionné.
L’école se vida avec une telle précipitation qu’on l’aurait crue en proie à un incendie. Les filles poussèrent des cris d’hystériques et mon camarade l’Échalas, qui me conservait malgré tout son amitié, s’empressa d’aller chercher le docteur Benscoter, dont la maison était visible de notre école. Bouche bée et pâle comme mes cheveux blanchis par le soleil, je fus gardé prisonnier jusqu’au moment où il fut dûment constaté que les fillettes avaient eu plus de peur que de mal. La poigne de notre institutrice lâcha mon collet et je disparus à travers champs vers la maison paternelle.
Un sombre précipice béait devant moi. Je ne discernais plus l’avenir, qui tout récemment encore s’annonçait plein de promesses. Dès ma plus tendre enfance, j’éprouvais une terreur indicible de la pendaison, et la perspective de subir pareil châtiment me donnait des ailes. Je me sentais, de surcroît, entouré d’ennemis invisibles. Personne ne m’ayant tranquillisé sur le sort des fillettes, je me croyais pourchassé ; une terreur stupide s’empara de moi et je courus comme une bête traquée.
Lorsque j’arrivai à la ferme, Cora m’apprit que ma mère rendait visite à Mme Vincent, de l’autre côté du verger, et que mon père et Ed travaillaient dans notre champ de blé. Je me pourvus rapidement de vivres, d’ustensiles pour la pêche, d’un long couteau que l’Échalas et moi avions fabriqué d’une vieille lime, et sans autre idée en tête que de m’éloigner le plus possible de mes poursuivants, je filai à travers les bois de Black dans la direction du lac Érié, que j’atteignis, avant la nuit, à l’embouchure du ruisseau de la Vieille-Femme.
Nous nous y donnions fréquemment rendez-vous, l’Échalas et moi, et en rapportions de bonnes prises à l’époque de l’année où ce méchant ruisselet mêlait ses eaux à celles du lac. Une ferme abandonnée se dressait à quelque distance. Quand nous restions la nuit à la pêche, nous garnissions les râteliers d’herbes sèches, de vieux foin, et y dormions, douillettement comme dans des lits jumeaux.
Je passai la première nuit dans l’un de ces râteliers, mais à peine venais-je de réinstaller que je fus envahi par la crainte d’être surpris à l’intérieur de cette grange. Je n’avais que onze ans et manquais d’expérience, partant de raisonnement : je ne songeai même pas à fuir plus loin. Immobile, en proie aux terreurs qui semblaient ramper sur moi, je frissonnais au moindre bruit. Que la nuit me paraissait noire et sinistre ! Des milliers de grenouilles coassaient dans le marécage voisin et poussaient l’outrecuidance jusqu’à pénétrer dans l’antique grange pour me narguer : « Te voilà fichu, chu, chu, chu ! » Un hibou, perché sur le toit délabré, poussa un ululement lugubre et, dans le silence absolu qui suivit, j’entendis, au-dessus de ma tête, les battements d’ailes des chauves-souris. Une sueur froide me couvrit le corps, mais par bonheur le sommeil étendit enfin sur moi le manteau de l’oubli.
Aux premières lueurs de l’aurore, je me glissai par un trou du mur. À la façon prudente d’un Indien, je risquai un œil dehors et courus à l’endroit où l’Échalas et moi cachions une embarcation très primitive, fabriquée par nous. Je la poussai à l’eau et m’y embarquai, avec l’intention de la manœuvrer à la gaffe dans les eaux peu profondes jusqu’à l’anse de Groves, mais, passant sur un bas-fonds inconnu de moi, je perdis ma gaffe et faillis chavirer.
Ma peur redoubla — et pour cause — car le vent et le courant conjugués m’entraînaient vers la surface clapoteuse du lac et au moment où apparaissait le soleil, je m’étais éloigné d’au moins huit cents mètres de la rive. Aucune langue du monde ne pourrait exprimer de façon précise le soulagement que je ressentis en apercevant, à l’horizon, un sloop aux voiles neigeuses. Je me mis à agiter les bras et à hurler, encore que les gens à bord ne pussent matériellement me voir ni m’entendre. Par bonheur, le bateau se rapprocha et je fus sauvé.
Trois jeunes gens vêtus de blanc et que je pris pour des dieux, me recueillirent sur le Sandusky, dont je déchiffrai le nom écrit en lettres d’or. Ils m’interrogèrent aussitôt, mais il s’écoula quelque temps avant que je reprisse mon courage et l’usage de la parole, mes cris désespérés de tout à l’heure m’ayant rendu complètement aphone. Nous nous éloignâmes de la rive, car un vent défavorable se levait et il était dangereux de manœuvrer le sloop en eau relativement peu profonde.
En peu de temps j’eus débité mon histoire, bien que je me fusse promis de ne dévoiler à personne mon nom ni les causes de ma fuite. Ils éclatèrent de rire en m’écoutant raconter comment j’avais subi la tutelle de la jeune gouape de l’école, battu l’institutrice et enfin mitraillé les petites filles. Et moi, Jimmy Curwood, le hors-la-loi dont la tête était peut-être mise à prix, j’eus le front de rire avec eux ! Au bout d’un moment, ces dieux vêtus de blanc, qui semblaient échappés d’un conte de fées, calmèrent mes craintes. On ne me mettrait pas en prison pas plus qu’on ne me pendrait, mais il me fallait regagner sans retard la maison paternelle, ils me firent comprendre que mes fautes, sans gravité particulière et communes à maint écolier avant moi, me seraient pardonnées si, une fois rentré chez moi, je promettais de les racheter par une meilleure conduite. Les jeunes gens me décrivirent l’inquiétude de mes parents et amis et me consolèrent si bien que, de nouveau, le monde m’apparut sous un jour heureux.
Ils auraient pu me mettre à terre à Huron, mais, après quelque discussion, ils préférèrent me conduire jusqu’à Sandusky, où ils avaient hâte d’arriver. Aussitôt après notre débarquement, ils envoyèrent un télégramme à Ceylon, pour être délivré par exprès à mon père, à cinq kilomètres de là. Ensuite, ces charmants sauveteurs m’emmenèrent, une heure avant midi, heureusement pour moi, dans un merveilleux restaurant. Le déjeuner terminé, l’un d’eux, touché sans doute par mon juvénile enthousiasme, me pilota dans la grande ville de dix-huit mille habitants, la plus vaste agglomération que j’eusse jamais vue.
Tant que vivront mes souvenirs, je reverrai, comme en ce merveilleux jour, la superbe avenue que nous longeâmes jusqu’à l’édifice couvrant une superficie aussi importante que notre carré de framboisiers. C’était une école, d’où sortaient les princes et princesses qui habitaient les châteaux et palais devant lesquels nous venions de passer. Mon compagnon dut comprendre mon admiration, car il quitta le trottoir et me conduisit sur une pelouse d’où nous pûmes assister à tout le défilé sans gêner personne.
Depuis ce temps mémorable, la ligne de démarcation entre les écoles de la campagne et celles de la ville n’existe pour ainsi dire plus. Mais à cette époque il y avait une grande différence, surtout, dans notre village, où la plupart des filles et des garçons se rendaient pieds nus en classe. Nous étions pauvrement vêtus et usions nos habits jusqu’à la corde. Quantité de mes camarades portaient des hardes taillées dans les vieux effets de leurs parents, et plusieurs passaient six mois de l’année affublés de combinaisons. Quelle éblouissante vision je venais de contempler ! Ces jolies princesses me donnaient presque l’illusion que les portes du Ciel livraient passage aux anges. Par groupes de deux ou trois, ou davantage, elles défilaient devant nous, riant et causant, fleurs délicates pour mes yeux avides, et ressemblaient si peu à mes petites condisciples que je croyais vivre un conte de fées. Et les garçons qui marchaient parmi elles me paraissaient être les frères cadets des trois jeunes dieux qui m’avaient sauvé des flots. À quelques pas de moi, j’observais des personnages en chair et en os, que j’avais seulement entrevus dans mes rêves. Il ne me vint pas à l’esprit que je formais la seule note discordante au tableau. J’en arrivai à oublier mon galurin de paille au fond crevé et au bord déchiré, mes jambes en fuseau et mes pieds nus. Je ne pensai pas non plus à mon pantalon, sale et déguenillé, retenu à la taille par une ficelle. Ces apparitions me semblaient trop belles pour être vraies.
Lorsqu’elles se furent évanouies et que j’eus repris mon souffle, mon nouvel ami remonta avec moi la large avenue et nous entrâmes dans le superbe monument qui abritait tant de beauté. Ses grandes galeries, les vastes pièces avec leurs rangées de pupitres, tout le mystère ambiant en firent pour moi un palais enchanteur. Je fus absolument stupéfait d’apprendre que tous ces hommes et ces femmes que je voyais là étaient des professeurs.
La vue de cette école éclipsa tous mes désirs. Dans ces heures les plus décisives de ma courte existence venait de naître, chez moi, la noble ambition de faire partie de ce monde merveilleux que le hasard et l’aventure m’avaient permis de contempler. À ce moment-là, j’aurais dû remercier ma bonne étoile de m’avoir poussé à braver mon institutrice et à apporter en classe le pistolet de ma mère. Mais je ne songeai pas le moins du monde à Mme Bacon ni aux ogres redoutables du Conseil d’éducation.
Confié à la surveillance du cocher, je repris le chemin de la maison, installé seul dans le cabriolet, je fus sans cesse hanté par cette école de Sandusky pendant le long trajet de trente-cinq kilomètres.
En l’espace d’un éclair, mon idéal avait complètement changé. Je ne voulais plus être chasseur de buffles ni guerrier indien, et pas davantage capitaine d’un bateau en quête d’un trésor enfoui par les pirates. Je désirais fréquenter cette école et devenir un prince parmi les princesses. Je me promènerais en leur compagnie sous les arbres touffus, avec un joli chapeau, une chemise blanche empesée, une énorme cravate, et des souliers si brillants que je pourrais me mirer dedans. Tout un monde en dehors de mes champs pierreux et de mes bois, m’avait ouvert ses portes, et mon imagination s’en était grisée.
De retour chez mes parents, je leur racontai mes étonnantes aventures ; quand j’en arrivai à ma visite à cette admirable école, que je dépeignis d’une voix tremblante de désir, je vis des larmes briller dans les yeux de ma mère.