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Chapitre 3

Le propriétaire de l’auberge dans lequel Touchette, Latreille, Belleau et Pierre Julien se réunissaient, était un petit homme trapu, âgé d’environ une quarantaine d’années, et qu’on nommait le père Thibault.

Le père Thibault remplissait depuis nombre d’années une fonction très délicate, et qui lui eût peut-être coûté la vie, si on l’eut connu.

C’était généralement chez le père Thibault que se tramaient les vols de toutes sortes qui se commettaient dans Montréal, dans le temps où se passe notre récit. Or bien souvent, les plans préparés dans cette auberge avortaient, ou bien les auteurs étaient arrêtés au moment où ils les mettaient à exécution.

C’est que le père Thibault était en bon termes avec la police et qu’il donnait connaissance à cette dernière de quelques-uns des plans préparés chez lui. Grâce à ce brave aubergiste, la police avait réussi à mettre la main sur plusieurs voleurs de profession qui dévastaient Montréal.

Le père Thibault était donc un mouchard, mais un fin mouchard, faut dire.

Naturellement, il recevait des récompenses pour les petits services qu’il rendait à la police ; mais ces récompenses n’étaient pas très fortes et le père Thibault qui tenait beaucoup à l’argent, ne dévoilait pas tous les complots qui se tramaient chez lui. Ainsi, par exemple, si ceux qui se proposaient d’exécuter quelque vol hardi, avaient le soin de promettre au père Thibault, une part dans les recettes, la police n’était pas avertie, et le vol se commettait sans que la justice put en découvrir les auteurs.

Les compagnons de Pierre Julien ne connaissaient pas le moyen d’amadouer le père Thibault et se fiaient trop à son honnêteté.

C’était la deuxième fois que Touchette, Latreille et Belleau complotaient un vol chez l’aubergiste mouchard. Ce dernier avait laissé faire le premier coup sans rien dire, mais comme il n’avait rien reçu pour son silence, il résolut de dénoncer ces voleurs trop mesquins.

Le lendemain de la réunion, le père Thibault faisait connaître à la police le complot qui venait de se tramer chez lui.

M. Fisherman, c’était le nom du marchand chez qui Belleau avait obtenu de l’emploi, reçut la visite d’un détective qui lui raconta la chose. Comme il fallait purger la ville de ces voleurs, on décida de ne rien dévoiler, et de laisser Belleau faire son travail, tout en le surveillant de près. C’était le meilleur moyen d’arrêter les quatre misérables d’un seul coup.

Trois ou quatre jours plus tard, Pierre Julien et ses trois nouveaux amis se réunissaient de nouveau chez le père Thibault et décidaient de faire leur visite au magasin de M. Fisherman le lendemain soir.

Comme Pierre Julien n’osait pas prendre une part trop active dans ce vol, il fut résolu qu’il se tiendrait à la porte du magasin, afin de donner l’éveil, dans le cas où la police viendrait les troubler dans leur besogne.

Belleau, Latreille et Touchette devaient entrer dans le magasin et s’emparer de tout ce qui pouvait s’emporter facilement.

Pour plus de précaution, chacun des quatre devait avoir sur lui un couteau quelconque qui lui permettrait de se défendre en cas d’attaque.

En entendant parler de couteau et de l’usage qu’il serait probablement obligé d’en faire, Pierre sentit un frisson lui passer sur le corps. Il n’était pas assez perverti pour envisager un meurtre aussi froidement que ses compagnons. Il tenta de leur faire abandonner ce projet, mais on lui rit au nez et Belleau lui dit que s’il avait peur, il pouvait se retirer de leur société. En même temps les trois misérables se moquèrent de ce qu’ils appelaient sa couardise et le traitèrent d’enfant.

Pierre Julien était orgueilleux et de plus il se croyait trop avancé pour pouvoir reculer. Il consentit donc à faire comme ses compagnons.

Enfin, l’affaire étant réglée, nos quatre brigands se séparèrent, en se donnant rendez-vous pour le lendemain soir, sur la place Jacques-Cartier.

Le père Thibault avait entendu la conversation. Le lendemain matin, il s’empressait d’en donner communication à la police. Comme il n’avait pas été question des moyens que l’on prendrait pour s’introduire dans le magasin, le père Thibault ne put renseigner les autorités sur ce point.

Mais il était certain que Belleau avait un moyen quelconque à sa disposition, puisqu’il avait donné rendez-vous à ses complices pour le lendemain soir. M. Fisherman fut mandé au bureau de la police, où l’on prépara un plan pour l’arrestation des voleurs. À huit heures et demie trois hommes de police se rendaient au magasin de M. Fisherman. Le propriétaire s’y trouvait déjà et tous quatre attendirent l’arrivée des voleurs.

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