Chapitre 10
Arthur s’était rendu à Chateauguay sans encombre. Cependant, il ne put en partir aussitôt qu’il l’eut désiré.
Il était sept heures du soir quand il se mit en route pour revenir chez lui. On était en automne et le jour était presque disparu quand Arthur quitta Chateauguay.
Se doutant de l’anxiété que devait éprouver son épouse, il fit prendre le grand trot à son cheval. Il n’était plus qu’à quelques arpents de sa maison, quand son cheval butta contre un obstacle. Le pauvre jeune homme fut lancé en dehors de sa voiture et alla donner la tête contre une roche.
Le cheval d’Arthur se releva de suite et prit sa course vers la résidence de son maître.
On peut juger de la terreur qu’éprouva la pauvre Alexina, lorsqu’elle vit arriver le cheval seul.
Heureusement le père de la jeune femme se trouvait là en ce moment.
Il partit de suite, courut chez les voisins chercher de l’aide, et tous ensemble s’en allèrent à la recherche d’Arthur.
Ils le trouvèrent à une dizaine d’arpents de sa demeure, privé de connaissance et perdant énormément de sang par une large blessure qu’il avait à la tête.
On le transporta chez lui.
On comprendra facilement ce qu’éprouva Alexina en voyant arriver son mari dans un état aussi pitoyable.
Elle surmonta la douleur qu’elle ressentait et s’empressa de donner à Arthur les soins que requérait son état.
La cause de l’accident arrivé à Arthur était inexplicable pour tous les habitants de Beauharnois.
Qui avait pu placer en travers du chemin, la corde qui avait causé la chute du cheval et par contre celle d’Arthur.
On ne connaissait personne dans la paroisse qui fût assez méchant pour faire une action aussi méprisable.
Une vieille femme disait bien qu’elle avait vu un étranger à mine suspecte rôder dans les environs de la résidence d’Arthur, mais comme la vieille était une de ces commères, comme il en existe malheureusement un peu partout, qui connaissent tout ce qui se passe, à dix lieues à la ronde, et qui inventent des histoires quand elles n’en trouvent pas de vraies, on fit peu de cas de ses dires et le misérable resta inconnu.
Je dois avouer cependant que pour la première fois de sa vie peut-être, la vieille commère avait dit une vérité.
L’accident était arrivé vers dix heures du soir, or une heure avant, à peu près, une chaloupe prenait terre à Beauharnois, à l’endroit où se trouve actuellement la résidence du juge.
La chaloupe était conduite par un homme seul.
L’homme attacha l’embarcation à un poteau planté en terre, en cet endroit, prit une corde qui se trouvait au fond de la chaloupe et descendit trois ou quatre arpents plus bas que la demeure d’Arthur.
Craignant que son plan infernal ne fit une autre victime que celle pour laquelle elle était préparée, il attendit quelques instants avant de barrer le chemin.
Enfin, voyant que personne ne venait, il traversa la route, attacha solidement un bout de sa corde, à la clôture, puis revenant sur ses pas, il fixa l’autre bout de la même manière de l’autre côté du chemin.
Il avait à peine terminé son travail, qu’il entendit le bruit d’une voiture, venant dans la direction de Chateauguay.
C’était Arthur qui arrivait. On sait ce qui eut lieu.
La secousse fut terrible pour Arthur.
Quant au cheval, chose singulière, il n’était que légèrement blessé.
L’homme qui s’était tenu blotti à côté du chemin, près de l’eau, sortit de sa cachette, courut alors vers l’endroit où se trouvait sa chaloupe, sauta dedans et prit la direction de l’île Perrot.
Cet homme n’était autre que Pierre Julien.
Arthur reprit connaissance, une heure environ après qu’il eut été transporté chez lui. Le médecin qu’on avait mandé déclara que la blessure n’était pas très grave et que dans huit jours le jeune homme serait complètement rétabli.
De fait une dizaine de jours après l’accident, Arthur était entièrement guéri et pouvait vaquer à ses affaires.
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