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Chapitre 3

Alexis Gendron était tellement content de voir que sa fille avait fait un si bon choix qu’il ne crut pas devoir attendre au soir pour en parler à son voisin.
Et il avait raison d’être heureux du choix d’Alexina.

Arthur Julien pouvait être considéré pour le modèle des garçons de Beauharnois.

Il était sobre, honnête et travaillant ; ne sortait jamais, si ce n’est pour aller chez Gendron.

De fait son père ne pouvait rien lui reprocher.

Il était toujours le premier à l’ouvrage et le soir, quand tout le monde était rentré, il faisait le tour des bâtiments, pour voir si tout était dans l’ordre.

Si vous ajoutez à cela que mon ami Arthur était un assez joli garçon, vous comprendrez facilement qu’il n’était pas à dédaigner.

Les deux voisins se rencontrèrent sur le chemin.

— Eh ! bien, Gendron, s’écrie Julien en apercevant ce dernier, quelle nouvelle ce matin ?

— De bien curieuses, Jean, répond Gendron, je vais te conter cela.

Et il se mit à lui raconter l’entrevue qu’il avait eue avec sa fille et ce qu’elle avait dit.

À mesure que Gendron parlait, la figure de Julien devenait de plus en plus sombre et lorsque le premier eut fini son récit, Julien ne put s’empêcher de soupirer longuement.

— Qu’as-tu donc, lui demanda Gendron ? ne serais-tu pas content du choix d’Alexina ?

— Oui, je suis content du choix de ta fille. Elle a pris le meilleur des deux et elle a eu raison. Mais…

— Pourquoi ce mais ?

— Je me demande ce que va dire Pierre. Tu me disais hier que tu ne l’aimerais pas pour ton gendre. Je suis loin de t’en blâmer. Tu donnais pour raison, son mauvais caractère, sa passion pour la boisson, mais tu ne le connais pas encore tel qu’il est. Lorsqu’il est ivre, il me fait peur tellement il est méchant.

— Et tu voulais que ma fille l’épousât ?

— Vois-tu, j’espérais qu’avec une bonne femme, il se corrigerait. J’avais tort de vouloir exposer Alexina à un malheur épouvantable.

Il y eut un long silence.

Ces deux hommes se connaissaient depuis leur enfance.

Gendron comprenait ce que son ami devait souffrir en ce moment.

— Que faire, disait Julien ? Enfin, ta fille n’en veut pas, c’est entendu. Je lui parlerai ce soir et nous verrons. Quant à Arthur, je suis certain qu’il sera des plus heureux en apprenant cette nouvelle.

Et les deux amis se séparèrent en se disant : à bientôt la noce.

En se rendant chez lui, Julien rencontra son fils Arthur, qui revenait de l’étable.

Le brave homme pensa qu’il valait mieux annoncer la bonne nouvelle d’abord, puis d’attendre l’occasion de faire connaître la mauvaise.

Il s’approcha de son fils et commença à lui parler de choses et d’autres.

On en vint à la question du mariage.

— Sais-tu, Arthur, que te voilà d’âge à prendre femme. N’y penses-tu pas un tout petit peu ?

— Me marier, répondit Arthur, je ne suis pas en position de le faire.

— Et, pourquoi pas, reprit son père ?

— Avant de songer à prendre femme je m’établirai convenablement. Je me suis mis quelque argent de côté déjà, et avant longtemps je serai en état de m’acheter une terre.

— Hum ! dit Julien, en riant, monsieur se permet de ramasser de l’argent. Et combien as-tu, dans le moment ?

— Trois cents piastres.

— Trois cents piastres ? Bigre ! c’est un bon montant cela ; ça prouve que tu sais ménager, et j’en suis heureux. Mais, voyons, si tu avais une terre, trouverais-tu une jeune fille à ton goût ?

Le jeune homme ne savait que penser de l’interrogatoire que son père lui faisait subir. Il le regarda attentivement, pour voir s’il ne trouverait pas les raisons de toutes ces questions. Mais Julien avait en ce moment, un vrai visage de bois, quoiqu’il eut une fière envie de rire, en voyant la mine effarée de son fils.

Après quelques instants d’hésitations, il répondit :

— Ma foi, j’en trouverais bien une, si toutefois, elle voulait m’accepter.

— Et, le nom, s’il vous plaît, de cette jeune fille qui t’a tombé dans l’œil ?

— Alexina Gendron.

Le père Julien fit un geste de surprise.

— Lui as-tu déjà parlé, demanda-t-il ?

— Jamais ; je n’ai pas osé, parce que je n’étais pas en position de la faire vivre.

— Eh ! bien, je vais faire une affaire, avec toi. Tu vas aller voir Alexina, tu vas lui parler, et si elle t’accepte, je te donne la somme qui te manque pour t’établir. Ça te va-t-il ?

La joie qui apparut alors sur la figure d’Arthur répondit amplement à la demande que lui faisait son père.

Ils entrèrent à la maison et le jeune homme se prépara à se rendre chez sa future.

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