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Chapitre 5

La maison de Gendron était située près du lac.
On sait que pour aller puiser de l’eau dans le lac, on construit généralement des petits ponts, appuyés, d’un bout sur la terre et soutenu de l’autre bout par un billot ou une pierre.

Ces petits ponts avancent d’une douzaine de pieds dans le lac.

Dans le temps où se passe notre récit il existait de ces petits ponts, tout comme aujourd’hui.

Il y en avait un en face de la maison de Gendron et c’était là que les garçons ou la fille allaient puiser de l’eau.

Environ une huitaine de jours après que Pierre eût appris la nouvelle du mariage de son frère avec Alexina, un accident qui eut pu avoir des suites fâcheuses, arriva en cet endroit.

Un bon matin, Alexina partit comme elle avait l’habitude de le faire tous les jours, pour aller puiser de l’eau.

Rendue au bout du pont, elle se pencha pour remplir son seau d’eau.

Au même instant le pont commença à s’ébranler.

La jeune fille leva la tête et regarda de tous côtés pour voir quelle était la cause de cet ébranlement.

Elle ne vit rien qui put l’expliquer.

Saisie d’un sinistre pressentiment elle s’empressa de mettre son seau à l’eau.

Au même instant le billot qui retenait l’extrémité du pont, partit tout à coup et s’écroula entraînant la jeune fille dans sa chute.

En tombant Alexina se frappa la tête contre un caillou et disparut sous l’eau.

La jeune fille avait jeté des cris, en sentant le pont s’écrouler sous elle.

Un homme qui passait en ce moment en cet endroit entendit ces cris et courut à la rivière.

Il arrive au moment où la jeune fille disparaît.

Il jette son habit par terre et se précipite à l’eau.

Il plonge trois fois, sans pouvoir trouver la jeune fille.

Enfin à moitié mort de fatigue, il plonge de nouveau, attrape les cheveux d’Alexina, et reparaît à la surface avec elle.

Il la prend dans ses bras et court aussi vite que peut lui permettre le fardeau qu’il porte, jusqu’à la maison de Gendron.

Alexina était privée de connaissance, peut-être était-elle morte.

Le sang s’échappait par une large blessure qu’elle avait à la tête.

Son père et sa mère s’empressèrent de lui donner tous les soins possibles, afin de la ramener à la vie.

Ce ne fut qu’une demi-heure plus tard, que la jeune fille ouvrit les yeux.

Elle regarda de tous côtés cherchant à comprendre ce qui lui était arrivé.

Enfin, la mémoire lui revint et on la vit frissonner.

Elle se calma de suite et demanda qui l’avait sauvée.

Ses parents appelèrent le jeune homme qui se tenait dans la chambre voisine.

Alexina reconnut en son sauveur, Arthur Julien son fiancé.

Quelle était la cause de l’accident qui venait d’arriver ?

Chacun se faisait cette demande, et personne ne pouvait trouver une réponse.

Si Gendron eut été sur le bord de la rivière, la veille au soir, il eut pu voir un homme s’acheminer furtivement du côté du petit pont.

Il eut vu cet homme se déchausser, retrousser ses pantalons jusqu’au dessus des genoux et se mettre à l’eau.

Il l’eut vu faire des efforts pour placer le billot de telle sorte qu’il suffirait de marcher sur les planches qu’il soutenait pour les faire tomber.

L’homme en question, après s’être assuré que son ouvrage était bien fait sortit de l’eau, remit ses chaussures et se sauva dans la direction de la maison de Julien.

Le misérable qui venait de préparer un meurtre, si je puis m’exprimer ainsi, n’était autre que Pierre Julien.

Il avait dit que le mariage n’était pas encore fait ; il prenait le moyen pour qu’il ne se fit pas.

En effet n’eut été la présence providentielle d’Arthur, en cet endroit, au moment de l’accident, Alexis Gendron n’avait plus de fille et Arthur Julien plus de fiancée.

Quand le jeune homme arriva chez lui tout mouillé, Pierre venait de se lever.

Arthur, ne se doutant nullement que son frère put être assez vil, pour avoir préparé l’accident, raconta à la famille ce qui était arrivé.

Pierre écouta sans sourciller.

Il poussa même le cynisme jusqu’à plaindre la jeune fille, victime de sa méchanceté.

Alexina fut plusieurs semaines avant de se rétablir.

Les premiers jours qui suivirent l’accident, furent bien pénibles et pour les parents et pour le fiancé de la jeune fille.

Battue par une violente fièvre, Alexina fut plusieurs jours en danger.

Le prêtre dût même lui administrer les derniers sacrements.

On comprendra facilement dans quelle anxiété se trouvait ce pauvre Arthur.

On le voyait constamment chez Gendron.

Il passait les nuits blanches au chevet de la malade, en compagnie du père ou de la mère de cette dernière et ne prenait que quelques instants de repos dans le jour.

Il maigrissait à vue d’œil.

Ses parents lui conseillaient de ne pas se fatiguer, lui disant que quand bien même il se rendrait malade, cela ne guérirait pas plus vite Alexina, qui était très bien soignée par sa famille.

Arthur ne voulait pas entendre raison.

Aussi, lorsque la jeune fille commença à se rétablir, ce fut à son tour, de prendre le lit.

Il fut bien malade, mais sa forte constitution triompha de la maladie et il fut bientôt sur pieds.

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