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Chapitre 7

Le temps s’écoule lentement.
Le pauvre Arthur est toujours dans le même état.
Chaque matin, au sortir du lit, il vient se placer près du poêle et il passe sa journée à se balancer doucement, sur une chaise.

Comme il est changé le pauvre homme.

Lui, si vigoureux, si robuste, il y a quelques mois, il n’est plus qu’un squelette.

Sa vue seule inspire la pitié de ceux qui le voient.

Il a les joues creuses, ses yeux sont enfoncés dans leur orbite.

Ses cheveux si noirs sont devenus blancs.

Sa figure toujours gaie, n’annonce plus que la folie.

Son sourire a fait place à un air hébété, qui fait pleurer ceux qui le voient.

Il rit encore, mais grand Dieu ! quel rire. Comme on préférerait des pleurs à ce rire insensé qui vous torture le cœur.

Il parle, mais quel discours.

Des paroles sans suite qu’il paraît adresser à des êtres invisibles.

On pleure presque continuellement, chez Julien.

C’était le meilleur de la famille, ce pauvre Arthur.

On l’aimait, on l’adorait en quelque sorte.

Et comme il savait rendre amour pour amour, caresse pour caresse !

Le soir, à la veillée, les parents et les amis se réunissaient chez Julien, et l’on parlait du jeune homme.

Chacun rappelait quelques souvenirs du passé et tout le monde pleurait en songeant au changement que la folie avait opéré chez le pauvre enfant.

Ah ! oui, pauvre enfant.

Encore à la fleur de l’âge, au moment où le bonheur lui apparaissait dans toute sa plénitude, se voir plongé dans les ténèbres de la folie.

On le plaignait, et l’on faisait des vœux pour sa guérison.

La malheureuse Alexina venait passer une grande partie de la journée auprès de celui qui devait être son époux.

Que de changements s’étaient opérés aussi, chez la jeune fille.

Comme elle était pâle, comme elle avait l’air triste et abattu.

Toute personne qui les voyait tous deux, Arthur et Alexina, assis l’un près de l’autre, ne pouvait retenir des larmes.

Il eut fallu un cœur de pierre, pour ne pas s’attendrir à la vue d’un spectacle aussi navrant.

Arthur, dès qu’il voyait entrer sa fiancée, se mettait à frapper des mains.

Il ne la reconnaissait pas cependant, mais il la voyait souvent, et comme elle était bonne pour lui, comme elle l’entourait de soins, il l’aimait.

Il lui parlait, il lui racontait ses peines, ses joies.

— Ah ! ma belle demoiselle, disait-il, je suis heureux de vous voir. Je vais me marier prochainement, et vous viendrez à mes noces.

« Je suis assez riche, voyez-vous j’ai bien ménagé mon argent et je me suis acheté une belle terre.

« Ma fiancée est bien belle.

« Elle se nomme Alexina.

« Elle est bonne et travaillante.

« Nous allons être bien heureux tous les deux.

Puis, songeant tout à coup à l’incendie qui l’avait ruiné, il s’écriait :

— Du feu ! du feu ! ce sont mes bâtiments qui brûlent. Ah ! mes animaux, mon grain, mes instruments, tout est perdu, tout est perdu ; je suis ruiné.

Et il se mettait à pleurer.

Alexina l’écoutait les larmes aux yeux, et cherchait à le calmer.

Comme elle souffrait la pauvre jeune fille.

Cet homme dans le délire était son fiancé.

Elle lui avait donné tout son amour.

Elle avait mis en lui toutes ses espérances, tout son bonheur.

Elle l’aimait beaucoup avant sa maladie, mais comme son amour avait augmenté depuis qu’il était en cet état.

Elle savait qu’à moins d’un miracle, Arthur ne pourrait jamais guérir et par conséquent jamais l’épouser, mais elle avait fait le sacrifice de son avenir.

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