‹ Le Gel au nez rougeChapitre 8 sur 32 · XII

XII

Un jour il passa douze heures dans une fondrière de neige, et il dut ensuite, grelottant la fièvre, rester trois jours en route avec sa charrette : il était pressé par une date à laquelle il devait en un certain lieu déposer sa marchandise. Il la déposa et s’en revint chez lui. Plus de voix, un incendie dans le corps. La vieille l’arrosa de l’eau de neuf quenouilles et lui fit prendre un bain chaud : mais ce remède ne put le guérir ! Alors on appela les rebouteuses. Elles lui donnent à boire, le frottent et font des prières. Le mal résiste ! on le fit ensuite passer trois fois sous une bride couverte de sueur. Puis on plongea le malheureux dans un trou de glace, il se soumettait à tout comme un enfant, — mais il empirait, — il ne mangeait ni ne buvait plus ! « Il faudrait le mettre sous un ours pour qu’il lui presse les os », disait le colporteur Fedia de Sergatsch, qui passait là. Mais Dario, la ménagère, ferma sa porte au conseilleur, et la baba se mit en tête un autre moyen de salut : la nuit, elle se rendit au monastère lointain, à dix verstes du village, un monastère où l’on gardait une certaine écorce miraculeuse commémorative d’une apparition. Elle partit et rapporta l’écorce. Le malade était déjà sans voix, habillé pour la bière et muni des sacrements. Il aperçut sa femme, gémit et mourut…

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