Scène II.
La forêt.
Entrent TROIS VILLAGEOIS et ANTONA.
antona.
Je ne m’en consolerai jamais. Laisse-moi pleurer, Belardo.
premier villageois.
Quoi ! il n’y a pas moyen de vous consoler ?
antona.
Non, pas moyen.
deuxième villageois.
Vous voulez donc mourir ?
antona.
Oui. — Il me dit : Ma chère Antona, quand tu reviendras dans la forêt, tu me retrouveras à la même place et plus amoureux que jamais. Je reviens, et je ne le retrouve plus !
premier villageois.
Pour moi, m’est avis que quelque bête sauvage l’aura dévoré.
deuxième villageois.
Oui, il aura été mangé par quelque loup.
antona.
Hélas ! il n’y a pas à en douter… mon pauvre Benito était si appétissant ! Mais dire qu’il a été la proie d’une bête !… n’est-ce pas bien triste ?
Elle sort avec les villageois
Entrent HÉLÈNE et FRÉDÉRIC.
frédéric.
Comment reconnaîtrai-je jamais une bienveillance qui m’est si glorieuse ?
hélène.
Vous mériteriez davantage encore.
frédéric.
Non, madame, je ne suis pas même digne de baiser l’empreinte de vos pas… Que suis-je pour tant de bonté ?… Je n’ai plus désormais à me plaindre du sort. Lorsque j’errais seul dans ces bois, j’accusais ma destinée, et je vois maintenant que ma destinée est la plus belle qu’un mortel ait jamais eue. Béni soit le ciel pour m’avoir envoyé des malheurs qui feraient envie aux plus heureux !
hélène, à part.
On dirait, à l’entendre, qu’il connaît ma folie et qu’il la partage. Mais jusqu’à ce qu’il se déclare tout-à-fait, ô mon cœur ! dissimulons. (Haut.) À vous entendre exprimer tant de reconnaissance, on croirait, Espagnol, que je vous ai rendu maître du ciel et de la terre. Je vous ai simplement nommé gouverneur du château, et il n’y a pas là de quoi exciter si fort votre gratitude.
frédéric.
Je ne sais comment traiter avec vous, madame, et je suis dans une mortelle incertitude. Souvent, lorsque je vous remercie avec discrétion et froidement, vous paraissez me soupçonner d’être ingrat ; d’autres fois, lorsque je veux vous exprimer la reconnaissance que j’éprouve, vous avez l’air d’en être offensée. En vérité, je ne vous comprends pas. Sans doute, madame, le monde étant peuplé d’ingrats, on est tout surpris de trouver de la reconnaissance comme de quelque chose de nouveau et d’étrange. Eh bien ! désormais, si cela peut vous faire plaisir, je ne vous parlerai plus de la mienne.
hélène.
Non pas ! je ne dis pas cela.
frédéric.
Comment donc dois-je me conduire ?
hélène.
Eh bien ! je voudrais des sentimens qui ne fussent ni de la reconnaissance ni de l’ingratitude. Je voudrais je ne sais quoi également éloigné des deux extrêmes.
frédéric.
En vérité, je ne vous comprends pas.
hélène.
En vérité, je ne me comprends pas moi-même.
Entre LE CAPITAINE.
le capitaine.
Je me mets à vos pieds, madame.
hélène.
Qu’y a-t-il, capitaine ?
le capitaine.
Je vous apporte une nouvelle dont vous serez contente. On sait tout… on sait quel est celui qui a tué don Pèdre Sforze.
frédéric, à part.
Hélas ! je suis perdu !
hélène.
Ah ! vous renouvelez ma douleur… Eh bien ! parlez ; qui est le traître ? qui est le barbare ?
le capitaine.
C’est le prince Frédéric de Sicile.
frédéric, à part.
On me connaît sans doute. — Que faire ?
le capitaine.
On finit toujours par découvrir la vérité.
frédéric, à part.
Faut-il prendre la fuite ou me préparer à me défendre ?
le capitaine.
Qui votre altesse a-t-elle nommé pour gouverneur de ce château ?
frédéric, à part.
Le sort en est jeté. (Haut.) Eh bien ! c’est moi, oui, c’est moi ! jamais je n’ai renié mon nom. Et puisque vous me connaissez, que voulez-vous de moi ?
le capitaine.
Je voudrais vous parler seul à seul.
frédéric.
Vous pouvez parler ici. J’ai mon épée, et je suis prêt à vous répondre.
le capitaine.
Votre épée ?… Pour qui ? contre qui ?
frédéric.
Ne disiez-vous pas, capitaine, que vous veniez chercher le gouverneur du château, et que le prince Frédéric est connu ? Eh bien ! celui que vous cherchez est devant vos yeux.
le capitaine.
Je ne vous réponds pas, parce que je ne puis vous comprendre. — Pourquoi vous troubler ainsi ?
frédéric.
Ne dites-vous pas que vous me cherchez ?
le capitaine.
Oui, seigneur, je veux vous remettre comme prisonnier…
frédéric.
Non, non, plutôt mourir mille fois.
le capitaine, à part.
Quelle confusion !… Cet homme est vraiment singulier ! (Haut.) Écoutez-moi, de grâce, et ensuite vous saurez ce que je veux.
frédéric.
Parlez donc.
le capitaine.
Eh bien ! j’ai arrêté dans la forêt le prince Frédéric, je vous l’amène prisonnier, et je vais le confier à votre garde.
frédéric.
Fort bien !… C’est que, seigneur, comme je vous ai vu arriver dans une certaine agitation et demandant après moi, je ne savais ce que vous pouviez me vouloir, et cela m’a ému.
hélène.
Qu’ai-je entendu ?… Frédéric est pris !
le capitaine.
Oui, madame ; et le roi vous l’envoie pour que vous le gardiez. On l’amène dans un carrosse fermé, afin que personne ne le voie ; car le peuple, qui admire son courage, pourrait se portera quelque mouvement. — Suivez-moi donc, je vous prie, seigneur gouverneur ; je vais vous le remettre, et vous vous engagerez sous serment à ne pas le laisser échapper.
frédéric.
Ce serment, je puis le prêter ici même. Je jure sur l’honneur, je donne ma parole inviolable que je garderai le prince Frédéric avec le même soin, le même zèle, la même attention avec laquelle je me garde moi-même. Son salut est pour moi d’une telle importance, que, s’il m’est permis d’employer cette expression, je veux courir même fortune avec lui. Je vous promets donc, vive Dieu ! que je ne le perdrai pas de vue un seul instant.
le capitaine.
Je reçois votre serment. Maintenant, venez ; hâtons-nous, afin, comme je vous l’ai dit, que personne ne le voie. Vous seule, madame, pouvez venir le voir ; et votre regard seul sera l’arrêt du coupable.
hélène.
Oui, si le ressentiment qui remplit mon cœur pouvait passer dans mes yeux et dans mon langage, j’irais le voir, j’irais lui parler, — parce que d’un regard je confondrais le traître, et d’un mot je le tuerais. Mais je n’y veux pas aller. Espagnol, c’est à vous que je confie cet homme ; je compte sur votre loyauté ; je remets en vos mains ma vengeance et mon honneur.
frédéric.
Soyez tranquille, madame, je le garderai comme moi-même.
le capitaine.
Venez.
frédéric, à part.
Quelle situation délicate !… Je plais à la même personne que j’ai offensée, et, de plus, je vais être le geôlier de moi-même !
Frédéric et le Capitaine sortent.
Entrent L’INFANTE et SÉRAPHINE.
l’infante.
Vous ne vous attendiez pas, Hélène, à cette visite ?
hélène.
Non, belle princesse ; et votre présence en ce lieu me comble de joie et d’honneur. — Où donc allez-vous ainsi ?
l’infante.
En faisant ce voyage je n’avais qu’un seul but : je voulais vous voir.
hélène.
Je ne pourrai jamais reconnaître tant de bonté.
l’infante.
On dit que votre château est si agréablement situé, que le séjour en doit être excellent pour la mélancolie ; et voilà pourquoi on m’y envoie ; car je suis bien triste. Vous verrez si j’en ai sujet, ma cousine, quand je vous dirai mes ennuis.
hélène.
Je serai trop flattée. Seraient-ce par hasard des chagrins d’amour ?
l’infante.
Oui, l’amour y fut pour quelque chose.
hélène.
Et à présent ?
l’infante.
Àprésent je ne sais plus à quoi les attribuer. Ils tiennent à des causes diverses. — Vous les devinerez à ma douleur.
hélène.
Déclarez-vous, je vous prie. Moi de mon côté je vous confierai un amour qui est tout l’opposé du vôtre ; car si le vôtre a été et n’est plus, le mien, comme vous verrez, n’est pas encore et sera bientôt. — Mais asseyez-vous sur ce gazon. Ces arbres vous protégeront contre les rayons du soleil, et ces fleurs vous seront comme un tapis parfumé. — Vraiment ce lieu-ci est on ne peut plus propice aux récits d’amour.
l’infante.
Non pas encore ; plus tard. — (À part.) Commençons. (Haut.) J’ai un service à vous demander.
hélène.
Je suis entièrement à votre disposition.
l’infante.
J’éprouve le plus vif désir de voir le prince que l’on a amené prisonnier.
hélène.
Est-ce que vous avez besoin de mon entremise pour cela ? — Étant qui vous êtes, vous avez tout droit ici.
l’infante.
Je désire le voir pour des motifs que vous saurez plus tard.
hélène.
Assez, ne m’en dites pas davantage. Si telle est votre volonté, j’ordonnerai qu’on laisse ouverte la porte du château, et qu’on laisse entrer la première personne qui se présentera.
l’infante.
Afin qu’on ne se doute de rien, je vais parcourir la forêt et chasser jusqu’à la nuit. De la sorte on croira que ç’a été là le motif de mon voyage. — Ah ! ma cousine, déjà près de vous mes chagrins ont disparu, et mes larmes se sont arrêtées. Je vous dois la vie. Adieu.
Elle sort.
hélène.
Dieu me soit en aide !… Pourquoi donc me fait-elle de si vifs remerciemens ?… Mais j’aurai bientôt pénétré ce mystère.
Entre FRÉDÉRIC.
frédéric.
Madame, le prince est enfermé dans la tour.
hélène.
Écoutez. J’ai deux mots importans à vous dire, et j’attends de vous un service.
frédéric.
Parlez, madame ; quoi que ce soit, vous êtes obéie.
hélène.
Sous prétexte de chasser dans la forêt, l’infante Marguerite est venue, et elle désire avoir un moment d’entretien avec le prince. Il y a là-dessous quelque amour, j’imagine, et je voudrais m’en assurer. C’est une folle curiosité ; mais enfin je suis femme… Eh bien ! voici ce que je vous demande : c’est que vous vous placiez en un lieu d’où vous puissiez tout entendre, et, ne l’oubliez pas, — vous me rapporterez leurs paroles mêmes.
frédéric.
J’y ferai tous mes efforts.
hélène.
Je veux savoir d’où viennent ses relations avec un traître, et si, du moins, l’amour la justifie. — Il y va de ma vie et de mon honneur.
Elle sort.
frédéric.
Quelle situation est la mienne !… Quelles sont donc, ô ciel ! toutes ces étranges aventures ? Il est des momens où il me semble que ce sont autant de rêves. — Mais qui croira qu’il se soit trouvé une femme aussi constante que la princesse Marguerite ? N’est-ce pas à tort que l’on accuse les femmes d’inconstance ?… Médisans vains et légers, dont la langue maudite parle mal des femmes, venez, venez ici, soyez témoin d’un tel amour !… Pour moi, je suis curieux de voir jusqu’où va le dévouement d’une tendresse si noble et si généreuse. Elle pense que je suis le prisonnier ; il faut donc qu’elle me trouve dans la prison. Faisons cette épreuve, et voyons quel est son projet. — Voici la tour. (Appelant.) Roberto ?
Entre ROBERTO.
roberto.
Ah ! seigneur, est-il possible enfin que je vous voie, que je vous parle ?
frédéric.
Oui, la fortune l’a permis. — Que faisais-tu là ?
roberto.
J’étais là avec ce grossier animal que l’on a renfermé dans la tour en votre lieu et place. Jamais je n’ai rien vu de plus stupide. Il dit que tout ce qu’il voit ce sont des rêves.
frédéric.
Et il n’a pas tort.
roberto.
Et en même temps il se figure qu’il est un prince, lui un manant, un rustre !
frédéric.
Qu’importe, Roberto ? qu’importe ce qu’il est effectivement, pour qu’il ait de la vanité de ce qu’il croit être ? Pour les hommes, les honneurs, les grandeurs ne consistent pas dans la réalité du titre, mais dans l’opinion des autres.
roberto.
C’est qu’encore il s’avise de me commander ! Fort bien ; je lui obéirai tant que nous serons devant du monde ; mais une fois nous deux seuls, c’est moi qui commanderai à mon tour !
frédéric.
Laissons là ces folies.
roberto.
Oh ! quand nous serons seuls, je prendrai ma revanche.
frédéric.
Que fait-il en ce moment ?
roberto.
Il ronfle comme quatre. Il voulait se coucher ; mais en voyant le lit si riche et si élégant, il a été saisi d’une sorte de respect, et il s’est mis à dormir par terre.
frédéric.
Et pourquoi donc ne lui as tu pas dit qu’il se couchât dans le lit ?
roberto.
J’ai fait mieux.
frédéric.
Comment ?
roberto.
Je m’y suis couché moi-même.
frédéric.
Puisque cet homme me donne par son sommeil l’occasion que je désire, maintenant, Roberto, écoute. L’infante Marguerite va venir au château à mon intention. Elle s’imagine que c’est moi qui suis le prisonnier, et je tiens à ne pas la détromper en ce moment. Nous verrons ce que cela va devenir, et plus tard je me découvrirai, s’il le faut. — N’a-t-on pas frappé ?
roberto.
Oui.
frédéric.
Eh bien ! va ouvrir.
Frédéric s’assied dans un fauteuil.
Entre L’INFANTE.
roberto.
Qui demandez-vous, madame ?
l’infante.
La princesse Hélène m’a permis d’entrer.
roberto.
Le gouverneur m’a ordonné, en effet, de laisser entrer la personne qui se présenterait au nom de la princesse.
l’infante.
Quoi ! c’est toi, Roberto ?
roberto.
Quoi ! c’est vous, madame ? — Et comment votre altesse a-t-elle ose pénétrer jusqu’ici ?
l’infante.
Je suis entraînée par des sentimens plus forts que moi. — Et ton maître ?
roberto.
Le voilà assis, et il se tient toujours de même dans ce coin ; jamais on n’a vu pareille tristesse. Aussi je crains qu’il ne meure de mélancolie, à moins qu’une aussi aimable visite ne lui mette, comme de raison, la joie au cœur.
l’infante.
Frédéric !
frédéric.
Quelle est cette douce voix qui m’appelle et qui charme tout mon être ? — Mais que vois-je ? est-ce mon imagination qui m’abuse ? Sans doute ma fin s’approche, et l’heure de ma mort est venue, puisque je vois dans l’air ces images confuses, fugitives réalisations de ma pensée !… Peut être aussi est-ce quelque astre charmant détaché du ciel qui est venu illuminer de son éclat les ténèbres de ma prison ! Mais enfin, que ce soit un astre divin ou une trompeuse image, jamais la vue d’aucun objet ne fut plus douce à mes yeux, plus douce à mon cœur ; et s’il devait être l’annonce certaine de ma mort, je serais encore heureux de le voir.
l’infante.
Frédéric, ce n’est pas une vaine apparence que tu vois devant tes yeux ; et alors même que ce ne serait que mon ombre, par cela seul qu’elle serait à moi, elle ne te tromperait pas. — Je suis l’infante Marguerite ; ne me sache aucun gré de ma démarche, car les femmes de mon rang, les femmes qui me ressemblent n’aiment pas une fois pour oublier ensuite. Avant de t’aimer, j’aurais pu considérer les inconvéniens, les dangers, les périls ; mais à présent que je t’ai engagé ma foi, je ne resterai pas en arrière, et je te suivrai jusqu’à la mort. Je sais que tu as perdu ton cheval, je sais que l’on l’a trouvé parmi les rochers, je sais enfin que tu es prisonnier. De ton côté, tu sauras que mon père médite une vengeance, et que ta vie est menacée. Mais non, je m’exprime mal, c’est la mienne que l’on menace… Toi, si tu veux, tu es sauvé ; par mon ordre un cheval est à la porte, qui t’attend ; dans l’arçon de la selle lu trouveras, avec les armes nécessaires, une bourse remplie de joyaux. Sors donc au plus tôt de cette forteresse. Moi je demeure résolue à souffrir seule, et je serai heureuse étant assurée que tu n’as rien à craindre.
frédéric.
Marguerite, ce n’est pas moi qui pourrai plus long-temps vous celer la vérité lorsque vous me parlez avec cette noble franchise. Je ne suis point prisonnier, je suis libre ; et afin que vous sachiez l’aventure la plus curieuse que l’on ait jamais vue dans les comédies espagnoles, apprenez que l’on vous trompe. Mon cheval est tombé, il est vrai, du haut de ces rochers ; mais j’ai dépouillé mon armure afin qu’elle ne me trahît point ; je suis arrivé à Miraflor, où doña Hélène elle-même me protège ; quelque passant aura pris mes armes ; les soldats, trompés par cette vue, l’auront sans doute ar rêté ; et enfin doña Hékène m’ayant nommé gouverneur de ce château, on m’a confié la garde de cet homme que l’on croit être Frédéric. Voilà la vérité. Et si désormais je puis vous voir et vous parler librement tous les jours, comment voulez-vous que je sois assez lâche pour m’éloigner ? Vous parlez de périls ; mais pour un amant le péril le plus grand, le plus grand de tous les maux, n’est-ce pas l’absence ?
l’infante.
Un jour ou l’autre on finirait par tout découvrir, et alors je redoute la vengeance de mon père.
roberto.
Il y aurait un moyen de sortir d’embarras.
l’infante.
Et lequel ?
roberto.
Confiez votre amour à une personne que vous chargerez de le dire au roi ; s’il prend bien la chose et qu’il consente à votre mariage, alors on pourra tout lui avouer ; que s’il se fâche et veut se venger, eh bien ! sa vengeance tombera sur un vilain lourdaud, et mon maître demeurera en sûreté. Ainsi quel que soit le résultat, favorable ou non, pour vous est l’avantage et le danger pour un autre.
l’infante.
Cela est fort bien imaginé.
frédéric.
Ainsi, voilà qui est convenu : vous m’aimerez, ou, pour mieux dire, vous feindrez d’aimer mon représentant en public, et vous donnerez des marques de ce sentiment.
l’infante.
Oui, et ce sera un bonheur pour moi, et je vous suis reconnaissante de m’y autoriser. C’est un horrible supplice que de cacher ainsi l’amour que l’on éprouve. Donc j’aimerai en public le prisonnier ; mais je l’aimerai parce qu’il portera le nom de Frédéric ; autrement ni je ne l’aimerais ni je ne pourrais le feindre.
frédéric.
Ainsi, pour lui ?…
l’infante.
Un amour feint.
frédéric.
Pour moi ?…
l’infante.
Un amour véritable.
frédéric.
Vous m’aimerez, dites-vous ?
l’infante.
Je n’aimerai que vous.
frédéric.
Long-temps ?
l’infante.
Toujours !
frédéric.
Vous me le promettez ?
l’infante.
Sur ma vie et sur mon âme.
frédéric.
Mais pourquoi feindre un autre amour ?
l’infante.
Pour vous sauver.
frédéric.
Songez-y, s’il devenait véritable, j’en mourrais.
l’infante.
Vous ne le craignez pas ?
frédéric.
J’espère que je n’éprouverai pas ce malheur.
l’infante.
Non ! je vous aime. Adieu !
frédéric.
Adieu !
l’infante.
Le ciel vous protège !
frédéric.
Qu’il veille sur vous !
l’infante.
Je vais feindre l’amour.
frédéric.
Et moi je reste pour me garder.