L’AUTRE
Je vois bien s’avancer de toutes parts un génie qui nous est étranger. Mais il entraîne de grandes beautés. Il est vrai que ces beautés sont plus célestes que terrestres, qu’elles sont tracées par une promptitude silencieuse, qu’elles appellent une intuition instantanée, de plus en plus indicible, de plus en plus inarticulable.
MOI
Pour moi, cet avenir c’est la fin, puisqu’il ne prolonge rien de ce que nous appelons humain. Toutes les valeurs dont nous vivions disparaissent. Ce système du monde qui se composait dans les entrailles mentales de l’homme, va s’anéantir; c’est la toute prochaine péripétie du roman cosmique. Nous ne serons plus là, dans huit jours, pour voir l’épisode suivant. La vie universelle continue: des cendres de l’homme elle crée un être nouveau. Pour cet être nouveau il y aura des valeurs nouvelles. L’appréciation de ces valeurs fraîches nous échappe complètement, elles signalent un monde qui nous est tout à fait étranger, hors du régime humain, hors de la sphère terrestre. Silence de cinéma sans musique. Cependant l’énergie que je tire de la Terre ne peut nourrir qu’un espoir, un désir, un vouloir humains. Je ne peux former d’autre souhait que de perpétuer ce que j’aime. J’ai donné tout mon amour à ce que je connais. Je ne puis remplacer ma raison de vivre par ma raison de mourir. Si l’humain meurt, au moment où il meurt que m’importe cet univers qui va se nourrir de la dissolution de nos chères, de nos belles catégories; je souffre trop, je passe la main. Si d’autres de mes frères ont la force, cessant d’être des hommes, de tirer une joie de l’atroce enfantement, tant mieux pour eux. Je vous salue, anges ou démons.