III
LA PAIX DE KERGOAT
En Loc Ronan. Juillet.
Journée délicieuse, où j’ai rencontré la paix, comme une blonde vierge, étendue sous les arbres, au détour d’une route, dans un pays secret.
Le soleil lançait de haut sa pluie d’or sur la baie, et la campagne était couchée dans la joie. Une vive langueur, où la jeunesse de l’année se sentait encore, possédait toutes choses, comme un rêve léger. Le rire ardent du magnifique été planait sur la terre sonore: la lumière était suspendue, comme un aigle d’azur et d’or. La brise de mer sentait la violette; et la contrée amoureuse exhalait de toutes parts l’odeur des roses.
Je me trouvai bientôt dans une retraite plus calme et plus heureuse qu’un jardin d’amour. C’était un petit bois, aux branches claires, brillantes de feuillage et de verdure. Les grands chênes levaient la tête, et le ciel bleu leur souriait. La pluie d’or tombait sur la terre brune, en feuilles blondes, comme la fable-conte que le dieu jouait avec Danaé. Et, sous les chênes, posées comme des mains tranquilles sur les genoux, méditaient les blanches tombes.
Elles brillaient, ces pierres de granit, plus égales et moins vieilles que les roches, où se fixe le goémon. Elles étaient sans pensée, sans regret et même sans mémoire: mais elles jouaient en silence avec le soleil et les feuilles, qui jouaient avec elles. Quelques-unes étaient sans nom, et par là plus paisibles.
Au delà des chênes, dans le ciel bleu, la tour de la chapelle; et les noirs martinets dansaient leurs rondes autour des hautes fenêtres, fleuries de lys... On entend bruire le moindre frisson de branches; et la mouche qui bourdonne sur une fleur a des échos dans l’air qui vibre. Les oiseaux, ravis de plaisir, pépient dans les arbres; et l’on voit, sur les pierres tombales, leur ombre qui fuit, quand ils passent de branche en branche.
Un vieux mendiant, aux traits graves, courbé sur son bâton, au bout de l’allée me regarde: il est des pèlerins qui déjà remplissent le pays, pour le prochain Pardon. Ses yeux d’eau pure me parlent. Il me croit ici pour les miens, et m’en sait gré. Il a peut-être reconnu l’empreinte de mes genoux... Et son regard me propose des prières.
Priez donc, vieil homme. Il s’agenouille. Il est très doux de faire ployer les genoux, sans violence, au vieil enfant chenu qu’est l’homme. Il est très doux de faire prier ce passant pour cette jeune femme, que la terre couvre, et ce marin inconnu...
La fauvette s’égosille en chansons dans le grand chêne. Il me semble entendre le soupir profond de la mer... O calme retraite, dans la lumière!... O paix de Kergoat!