I
Le rajah de Gunnaur n’avait jamais versé de larmes quand il fut atteint d’une étrange démence. Il se croyait la nuit appelé par les bêtes dans les ombres de la forêt qui se dressait, haute, menaçante, inexorable, après la terrasse, après le jardin, après la rivière, en face du millénaire palais de Gunnaur.
Il aurait aimé lire les manuscrits, toucher les instruments de musique. Il ne pouvait pas. Au loin les hyènes riaient, les serpents faisaient un bruit doux en glissant, les singes jacassaient dans les branches, les tigres miaulaient câlinement, toutes les bêtes disaient son nom.
Alors il s’avançait sur la terrasse et il voyait le peuple animal qui l’attendait. Des éléphants levaient leur trompe, des hérons claquaient du bec, des oiseaux empanachés comme des guerriers battaient des ailes, des crocodiles sortaient de la vase, des insectes crépitaient dans l’herbe.
Et mille prunelles luisantes étaient fixées sur lui. Les bêtes voulaient le faire rétrograder dans l’échelle des êtres, l’arracher de son rang d’homme. Alors il avait peur, il tremblait. Il songeait à la course de son âme immortelle. Il ne pleurait pas pourtant.