‹ Le livre des singularitésChapitre 41 sur 67 · I.

I.

ORDONNANCE DE RICHARD I, ROI D'ANGLETERRE.

Lorsque Richard, dit Cœur de Lion, s'apprêta à partir en 1190 pour la troisième croisade[116] à la tête d'une armée de trente-cinq mille hommes, qu'il devait réunir à celle de Philippe Auguste, chef de cette même croisade, il fit un règlement de police pour ses troupes qui allaient s'embarquer. Nous allons rapporter cet acte dont les dispositions ne sont pas tout-à-fait en harmonie avec le Code pénal actuel de la marine, chez les nations policées.

[Note 116: On compte ordinairement sept croisades:

1º Celle de 1096, prêchée par Pierre l'Hermite, sous Philippe I. Les croisés s'emparent de Jérusalem en 1098; Godefroi de Bouillon en est nommé roi.

2º Celle de 1147, prêchée par S.-Bernard, sous Louis VII dit le Jeune. L'empereur Conrad III y prend part.

3º Celle de 1190, sous Philippe II dit Auguste. C'est celle dont nous parlons dans cet article.

4º Celle de 1204, prêchée par Foulques de Neuilly sous le même roi Philippe Auguste. On s'empare de Constantinople. Baudouin, comte de Flandre, en est le Ier empereur.

5º Celle de 1213, sous le même roi.

6º Celle de 1248, sous Louis IX, qui y fut fait prisonnier le 5 avril 1250, et qui obtint sa délivrance le 5 mai suivant, moyennant la restitution de Damiette et une rançon de 400,000 fr. (plus de 7,000,000 de notre monnaie actuelle).

7º Celle de 1270, sous le même roi S.-Louis, qui meurt en Afrique le 25 août de la même année.

Les croisades, sous le rapport politique, ont été malheureuses et désastreuses pour la France; mais sous le rapport du commerce, des arts, des usages et même des lettres, leur résultat a fait faire un grand pas à la civilisation.]

«1º Celui qui en tuera un autre à bord d'un vaisseau, devra être lié à celui qu'il aura tué, et, dans cet état, jeté à la mer.

»2º Celui qui en tuera un autre sur terre, devra pareillement être attaché avec le cadavre, et enterré avec lui.

»3º Celui qui sera légitimement convaincu d'avoir tiré le couteau ou autre arme pour frapper quelqu'un, ou qui en aura frappé un autre jusqu'à effusion de sang, aura la main coupée.

»4º Celui qui frappera un autre de la main sans effusion de sang, sera plongé trois fois dans la mer.

»5º Celui qui se servira de termes injurieux, invectives, imprécations et malédictions, sera condamné à payer autant d'onces d'argent qu'il aura insulté de fois.

»6º Celui qui aura volé, quand il sera convaincu légitimement, devra avoir la tête rasée, arrosée de poix bouillante, et frottée avec de la plume ou du duvet, afin qu'on puisse le reconnaître; et, en cet état, il sera mis à terre et abandonné dans le premier lieu qu'on rencontrera.»

Cette ordonnance est bien marquée au coin de la barbarie du siècle qui l'a produite. Finissons par un mot sur cette croisade.

Les deux rois, Philippe Auguste et Richard, partirent ensemble de Vezelai, le 4 juillet 1190; l'empereur Barberousse, parti dès 1189, eut part à cette croisade, qui commença par des succès et qui finit mal. Cet Empereur mourut au milieu de ses exploits, pour s'être, comme Alexandre, baigné dans le Cydnus. Philippe et Richard, après avoir pris plusieurs villes et entre autres Saint-Jean-d'Acre (Ptolemaïs), se disputent, acquièrent de la gloire et finissent par perdre leur armée. Philippe revient en France, et Richard, dans son retour, est fait prisonnier en Allemagne par Léopold duc d'Autriche qui l'envoie à l'Empereur; il ne revient en Angleterre qu'en 1193; sa rançon fut de 100,000 marcs.

Frédéric Barberousse mourut le 10 juin 1190; Richard, né en 1156, couronné à Westminster le 3 septembre 1189, mourut le 6 avril 1199; et Philippe Auguste mourut à Mantes le 14 juillet 1223.

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