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LE MALHEUREUX
PETIT VOYAGE
OU
La misérable fin de Madame
DE CONFLANS, PRINCESSE DE LA MARSAILLE
rapportée par Marie-Toinon
Cerisette, sa fidèle et dévouée
servante

eu de temps après que le maréchal de la Marsaille fut retourné dans les Flandres dont le roi terminait la conquête, la princesse () sa femme eut désir de visiter, aux alentours d’Avignon, les cousins qu’elle y comptait, n’ayant espoir qu’en ce petit voyage pour la sortir du chagrin où le départ de son illustre époux, le mieux aimé et le plus beau des hommes, venait, juste, de la précipiter.

Je fus seule de ses femmes à la suivre en ce déplacement, et l’honneur que je reçus ainsi d’être distinguée d’entre elles marqua d’un éclat sans pareil l’excellence de mes vertus.

Aucune, en effet, parmi tout son service, n’était autant que moi experte à rouler la papillote, à mettre le rouge à la lèvre et à poser les mouches assassines.

Ce sont là de ces rares mérites où se juge l’esprit des soubrettes, et auxquels ne peut demeurer insensible une princesse de vingt ans.

J’avais, au surplus, habitude de dormir à côté de sa chambre, alors que son noble époux ramassait des lauriers à la guerre, ce qui arrivait les deux tiers du temps par le fait des expéditions et des campagnes que nous vîmes, de telle façon que, se trouvant au lit et lassée de sa solitude, elle m’avait offert quelquefois de venir reposer auprès d’elle, et, m’ayant donné accueil, montré de magnifique manière qu’elle possédait l’âme la plus tendre, l’esprit le plus doux et l’humeur extrêmement badine.

C’est ainsi que je pus connaître combien mes parents m’avaient faite belle et qu’il n’était pas, à cinquante lieues à la ronde, de grandes et hautes dames que je n’égalasse point, sinon pour cette beauté solennelle qui gagne à s’entourer d’artifices, du moins pour certains de ces petits endroits qui savent conquérir les cœurs sans le secours des robes à paniers, des festons et, même, des chemises.

Comme c’est là le jugement d’une maréchale de France, je ne veux point dire, à la vérité, que je n’en fus pas orgueilleuse, et, comme elle prenait plaisir à combler, parfois, de ses transports cela même qu’elle louait tant, je ne puis croire qu’elle ait été mensongère.

Cependant, je ne devinais point comment il se trouvait possible qu’une humble et pauvre servante fût digne d’un semblable zèle, et, n’y sachant pas de réponse, je me contentais de bénir le hasard qui m’avait donné de rencontrer sur terre un tel modèle de bonté.

C’était, en sus, la plus belle taille, le plus noble port, le plus fin visage, les plus doux yeux, la plus tendre bouche, la plus jolie princesse du monde ; et, comme tout marchait à l’avenant entre sa guimpe et ses jarretières, je ne pense point qu’on eût pu jamais découvrir semblable merveille.

Si sa vertu n’égalait point ses charmes, la cause en est, apparemment, qu’il n’était rien, ici-bas, qui pût atteindre à leur niveau. Elle en avait, du reste, un tel souci et y portait tant de soins que ce fut à peine si elle coucha plus de deux ou trois fois l’an avec d’autres que son époux.

Le maréchal était, d’ailleurs, d’après ce que j’en pus savoir, le modèle du royaume pour ce qui est des choses de l’amour ; aussi ne le jalousait-on point tant de ce qu’il possédât la plus jolie femme de France que de ce qu’il eût assez de grâces pour mériter d’en être aimé.

La princesse ne parvenait point à se consoler

de ses absences ; elle languissait, sans qu’il fût possible de la tirer de son souci, n’allant au château que de loin en loin et quand la reine l’y faisait mander.

Comme tous les hommes avaient du goût pour elle et faisaient mille travaux afin de l’émouvoir, elle ne voulait, d’ordinaire, de l’amitié d’aucun, de peur que son tempérament qu’elle savait fort amoureux n’eût pas la sagesse de son cœur ; aussi, pour fuir l’entraînement du siècle, ne demeurait-elle à la ville que le temps de faire sa cour, se retirant le plus souvent en province, soit à Conflans, dont le marquis son père possédait la seigneurie, soit dans le pays d’Avignon, où se trouvait son cousinage et où elle-même avait reçu le jour.

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