‹ Le monde de la merChapitre 142 sur 247 · CHAPITRE XXVIII - I

CHAPITRE XXVIII - I

LES SANGSUES DE MER.

«Tu rassasies chaque créature vivante suivant son goût et son désir!»

(DAVID.)

Il existe des Sangsues dans l'Océan comme il en existe dans les marais. Il y a des parasites partout. Mais les suceuses de sang qui vivent dans l'eau salée diffèrent notablement de celles qui serpentent dans l'eau douce.

Et d'abord, au lieu d'une peau mince et délicate, elles ont une enveloppe épaisse et coriace. Elles sont vêtues plus solidement, plus confortablement que les Sangsues ordinaires, sans doute pour mieux résister à la température froide, aux sels pénétrants et aux agitations incessantes du grand milieu qu'elles habitent.

Par suite de l'épaisseur et de la rigidité de leur habillement, ces Annélides n'ont pas les mouvements faciles et gracieux qui caractérisent nos sémillantes Sangsues médicinales. Elles ne peuvent pas se contracter en olive (Rondelet), et leur corps, plus ou moins roide, reste toujours plus ou moins étendu. En second lieu, leur ventouse de devant est en forme d'écuelle et non en bec de flûte; elle ressemble, à s'y méprendre, à celle de derrière; elle est seulement plus petite.

Quelle singulière organisation qu'une bête cylindrique, avec une écuelle en guise de tête et une écuelle en guise de queue!

Les Sangsues de mer ont été appelées Albiones et Branchellions. (Ces noms sont bien jolis pour des Sangsues!)

[Illustration:

P. L. F. L.

ALBIONE ÉPINEUSE

(Albione muricata Savigny).]

[Illustration:

P. L. F. L.

BRANCHELLION DE LA TORPILLE

(Branchellion Torpedinis Savigny).]

Les premières, nommées aussi Pontobdelles ou Ponbdelles, ont un corps généralement hérissé de verrues plus ou moins épineuses; elles manquent de branchies et respirent par la peau.

Les secondes ont un corps non verruqueux; mais les deux tiers postérieurs de l'animal sont garnis sur les côtés de branchies extérieures, demi-circulaires, onduleuses, semblables à de petites feuilles transversales superposées. Ces branchies composent ainsi deux franges élégantes.

Les Albiones se trouvent principalement sur les Raies, et les Branchellions sur les Torpilles.

Les Sangsues de mer adhèrent fortement à ces poissons au moyen de leurs ventouses. Elles ont l'instinct de choisir la racine des nageoires, les bords des yeux, l'orifice des branchies; c'est-à-dire les endroits où la peau est à la fois le plus riche en vaisseaux sanguins, le plus mince et le plus vulnérable.

Ces animaux ne sont pas pourvus, comme les Sangsues médicinales, de trois mâchoires cartilagineuses, robustes, armées d'une soixantaine de dents pointues, en forme de chevrons. On n'y découvre que trois petits tubercules, sans aucune dureté. Comment ces parasites parviennent-ils à diviser les téguments des Raies et des Torpilles? Leur bouche est organisée tout à fait comme une vraie ventouse; elle s'applique contre la peau d'une manière très-solide, et la déchire par une très-forte aspiration. Cette enveloppe est rompue, déchirée et non sciée; ce qui fait que la blessure doit être irrégulière et non trifide.

Les verrues épineuses, et peut-être aussi les branchies foliacées, empêchent ces Annélides de glisser sur l'enveloppe rugueuse des Poissons, surtout quand ces derniers s'agitent brusquement. Pendant le jour, elles demeurent immobiles. Le soir, elles sortent de leur apathie, sucent les Raies et les Torpilles, ou bien voyagent sur leur corps.

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