II
Les Oiseaux marins placent leur nid, soit dans un simple enfoncement, derrière deux ou trois galets, soit parmi les herbes, entre les joncs ou sous quelque arbrisseau, soit encore dans les creux des rochers.
La Mouette tridactyle a l'instinct de s'établir dans les lieux les plus inaccessibles; aussi est-elle rarement troublée par les ramasseurs d'œufs.
Les Pingouins et les Manchots se creusent dans le sable un trou horizontal. Les Macareux s'emparent des terriers des lapins; ils aiment à nicher en société et à couver les uns près des autres. L'endroit qu'ils ont choisi est quelquefois tellement miné, qu'en posant le pied dessus, on s'enfonce jusqu'au genou. Les Tadornes[287] ont aussi l'habitude de nicher dans des souterrains. Les anciens donnaient à ces oiseaux le nom d'Oies-renards.
[287] Anas tadorna Linné.
Naumann a vu, dans la petite île de Sylt, un très-grand nombre de Tadornes réunis par groupes dans des excavations artificielles. Il a compté jusqu'à treize nids dans un espace quadrangulaire, avec une entrée commune. Au-dessus de chaque nid était un trou couvert d'une touffe de gazon. Quand on soulevait cette touffe, on voyait un Tadorne accroupi. Chaque habitant du village possédait plusieurs de ces souterrains, d'où il retirait par jour, pendant trois semaines, de vingt à trente œufs. Il en laissait six à chaque nid pour l'incubation.
Dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance, les Albatros se réunissent en colonies pour nicher. Ils partagent le terrain en carrés réguliers, un pour chaque nid. Ces carrés communiquent par des chemins. L'ensemble est défendu par une chaussée de pierres.
Les Cormorans nichent tantôt au milieu des joncs et des roseaux, tantôt sur les troncs des vieux saules ou sur des arbres élevés, tantôt encore sur des rochers, toujours dans le voisinage de la mer. Ils construisent de grands nids informes, composés de rameaux et de bûchettes grossièrement assemblés. On trouve souvent plusieurs de ces nids sur le même arbre.
[Illustration: CORMORAN ORDINAIRE
(Phalacrocorax carbo Cuvier).]
Au commencement de ce siècle, les Cormorans étaient assez rares sur les bords de la mer Baltique. Vers 1810, plusieurs couples vinrent nicher dans la proximité de l'île de Fionie, parmi les rochers du rivage et dans les forêts. Leur nombre augmenta peu à peu. Au printemps de 1812, quatre paires de ces oiseaux se rendirent dans la terre de Neudorf, près de la ville de Leutjenbourg, et s'établirent dans un bois voisin de la mer, sur de grands hêtres qui, depuis plusieurs années, servaient de retraite à une multitude de Hérons et de Freux. Ils expulsèrent de leurs nids ces derniers oiseaux, firent deux pontes, l'une en mai et l'autre en juillet, et quittèrent la contrée en automne. Leur nombre s'élevait alors à une trentaine. Pendant le printemps de 1813 et les années suivantes, ils revinrent régulièrement. Bientôt on calcula qu'il y avait 7000 couples de nicheurs. Au mois de juin 1815, on voyait des cinquantaines de nids sur certains arbres, et les innombrables vols des Cormorans, mêlés avec les Hérons, remplissaient l'air de leurs cris sauvages. L'âcreté de leurs ordures brûlait la feuille des arbres, et les débris des poissons corrompus dont ils jonchaient le sol empoisonnaient au loin l'atmosphère. D'après les ordres du gouvernement, on leur fit la chasse. Il y eut des jours où l'on en tua jusqu'à cinq cents. Ce ne fut que l'année suivante que l'on parvint à les éloigner de la contrée. (Boje.)
Dans certaines îles, les nids des Oiseaux marins sont si rapprochés, qu'on ne saurait faire un pas sans écraser des œufs, et qu'il arrive souvent à une mère de pondre dans la couchette d'une autre mère. (Schinz.)
C'est ainsi que Naumann a trouvé un œuf d'Hirondelle de mer à longue queue[288] dans le nid d'un Huîtrier[289], et ailleurs, un œuf de ce dernier oiseau dans le nid d'un Goëland. Cependant chaque couveuse reconnaît ses propres œufs et ne s'y trompe jamais. Ce que nous croirions impossible, si l'instinct des animaux ne nous avait pas habitués à des miracles.
[288] Sterna Dougalli Montagu.
[289] Hæmatopus ostralegus Linné.