VIII
Disons, en terminant, quelques mots sur le fameux Canard eider[294].
[294] Anas mollissima Linné.
Cette remarquable espèce a près de deux fois la taille du Canard ordinaire. Son cou est comparativement court; ses jambes sont un peu hautes.
Ce Canard pond principalement en Islande. Il est protégé par les lois. Tout homme qui se permet de le tuer à l'époque de sa reproduction, est condamné à une amende qui s'élève jusqu'à 30 dollars. On sauvegarde ainsi une des industries les plus lucratives que puissent fournir les Oiseaux de mer: nous voulons parler de l'exploitation et de la vente de ce moelleux duvet connu sous le nom d'édredon.
Mackensie rapporte, dans son Voyage en Islande, que lorsque son bateau approcha de cette île, il traversa de véritables troupeaux de ce précieux Canard. Les Eiders ne prenaient pas la peine de se déranger sur son passage: ils semblaient comprendre qu'ils étaient protégés par le gouvernement! Entre le rivage et la maison du bailli, le terrain était littéralement couvert d'oiseaux, si serrés, que les visiteurs étaient obligés de marcher avec beaucoup de précaution pour ne pas les blesser. On voyait des Eiders occupés à couver, sur les murs des jardins, sur les toits des maisons, dans leur intérieur, et même dans l'église. Quand on les approchait, ils ne changeaient pas de place; ils se laissaient toucher, et frappaient légèrement avec le bec la main des étrangers.
Les nids des Eiders sont arrondis et peu profonds; ils sont construits avec des bûchettes sèches entrelacées avec soin, de la mousse et des plantes marines. L'oiseau y dépose cinq ou six œufs, rarement sept ou huit. Audubon en a compté une fois jusqu'à dix. Ces œufs sont plus gros que ceux du Canard ordinaire, lisses et d'un gris olivâtre clair. Ils passent pour un mets très-délicat.
Chaque nid est tapissé de duvet, que l'oiseau arrache de sa poitrine. Les œufs y sont profondément enfoncés. Autour de la couchette on voit une quantité de plumes suffisante pour couvrir les œufs, quand la mère, à marée basse, va chercher sa nourriture.
«On ne peut contempler, sans être attendri, cette bonté divine qui donne l'industrie au faible et la prévoyance à l'insouciant!»
On enlève le duvet à deux époques différentes. Mais la pauvre femelle est quelquefois obligée de fournir à une troisième récolte. Elle se plume et se replume, pour tenir son nid convenablement chaud.
Lorsqu'elle a épuisé sa provision de duvet brunâtre, le mâle arrive et lui vient en aide. Il sacrifie, à son tour, son édredon blanc de neige et rosé.
Chaque nid peut fournir environ 125 grammes de beau duvet.