‹ Le monde de la merChapitre 50 sur 247 · III

III

Parmi les Polypiers Actiniaires, on a formé deux tribus d'après le nombre des tentacules de leurs animaux. Tantôt ces tentacules sont au nombre de six ou de ses multiples: ce sont les Zoanthaires; tantôt au nombre de huit: ce sont les Alcyonaires.

Les Zoanthaires comprennent les Actinies, les Zoanthes proprement dits, les Antipathes et les Madrépores.

On regarde comme intermédiaires entre les Polypiers et les Anémones de mer, dont nous traiterons plus loin[42], des Zoophytes élégants, désignés sous le nom de Zoanthes. Ces animaux sont réunis en nombre souvent considérable sur une base commune. Cette base est tantôt dilatée en large surface, tantôt vermiculée comme une racine rampante.

[42] Voyez le chapitre XII.

[Illustration: ZOANTHE DES MOLUQUES

(Zoantha thalassanthos Lesson).]

Le Zoanthe des Moluques[43] compose de larges touffes gazonnantes sur les rochers de Corail. Ses animalcules sont assez rapprochés, et imitent, à faire illusion, un amas de fleurs épanouies. Ils sont portés par de fausses racines d'un blanc pur enlacées les unes dans les autres. Leur corps est fusiforme, rétréci et comme pédiculé à la base, tronqué au sommet, d'un rouge brun marqué de stries longitudinales plus colorées; sa consistance est ferme et parcheminée. De ce corps sort un tube étroit, musculaire, contractile, rougeâtre, terminé par huit bras allongés, d'un jaune pur au sommet et traversés par une nervure de la même couleur. Sur les côtés de ces bras naissent des pinnules fines, parallèles, d'une couleur marron clair, semblables aux barbes d'une plume.

[43] Zoantha thalassanthos Lesson.

Les bras de ce Zoanthe sont sans cesse en mouvement; ils forment dans l'eau divers petits courants, dans l'oscillation desquels sont précipités, comme dans un torrent, les animalcules dont le Polype se nourrit. Au moindre mouvement, le Zoophyte replie ses bras. (Lesson.)

[Illustration: ANTIPATHE

(Antipathes arborea Dana).]

Les Antipathes ont un polypier toujours fragile, et cassant, quand il est desséché; les ramifications, toujours grêles, déliées, ressemblent aux barbules délicates d'une plume. La couleur est noirâtre foncé, ou plutôt bistre et terre de Sienne. Au microscope ou à une forte loupe, les extrémités des branches apparaissent hérissées de petites pointes (spinules), et le tronc est formé de couches ovales concentriques et inégales: ce sont les zones de la croissance. Sa consistance est assez ferme pour qu'il soit travaillé et converti en chapelets de perles et autres bijoux, connus dans le commerce sous le nom de Corail noir.

[Illustration: POLYPE GROSSI D'ANTIPATHE

(Antipathes arborea Dana).]

[Illustration: COUPE GROSSIE D'UNE TIGE D'ANTIPATHE.

(D'après une préparation de M. Potteau.)]

L'écorce est molle, dépourvue de grains calcaires ou siliceux, et se détruit après la mort. Elle reçoit des Polypes de forme allongée, et le plus souvent de couleur jaune.

[Illustration: ANTIPATHE GROSSI POUR MONTRER LES SPINULES

(Antipathes subpinnita, d'après Lacaze-Duthiers).]

La Gérardie pêchée par M. Lacaze-Duthiers dans les eaux de l'Algérie est un genre voisin très-curieux que ce savant naturaliste a fait connaître dans une suite de beaux mémoires dont il a bien voulu nous communiquer les dessins originaux.

[Illustration: POLYPE DE LA GÉRARDIE.]

La Gérardie vivante est couverte de fleurs jaunâtres ou orangées à vingt-quatre pétales souvent très-allongés et pendants.

[Illustration: COUPE D'UN POLYPE DE LA GÉRARDIE.]

L'intérieur du Polype présente autant de cloisons que de tentacules. Le polypier est très-rameux et très-élancé quand il est adulte. Dans le jeune âge, l'écorce se développe plus rapidement que le support; aussi la Gérardie se greffe-t-elle à tous les corps à sa portée. Malheur à la Gorgone qu'elle envahit, elle ne tarde pas à l'étouffer sous sa végétation exubérante. De là, souvent, cet aspect gorgonien que présentent les jeunes Polypiers. M. Lacaze-Duthiers a trouvé une de ces colonies, qui s'était développée sur un œuf de Squale.

[Illustration: MADRÉPORAIRES.]

Les Madréporaires sont très-nombreux; ils forment le groupe le plus important des Polypiers Actiniaires. Tous sont pierreux: ce sont eux surtout qui constituent les récifs et les îles à coraux. On connaît peu leurs Polypes.

Parmi les plus curieux, on doit citer les Caryophyllies, les Madrépores proprement dits, les Astrées, les Méandrines et les Poritides...

Les Caryophyllies présentent des cellules tubuleuses en partie isolées les unes des autres, ce qui donne à la masse un aspect comme rameux. Chaque branche est occupée par un Polype.

[Illustration: CARYOPHYLLIE DE SMITH

(Caryophyllia Smithii Stokes et W. P. Broderip).]

[Illustration: ASTRÉE

(Astræa pallida Dana).]

Une des plus belles est la Caryophyllie de Smith[44], avec sa robe jaunâtre, plus pâle à la base et au sommet, ornée de lignes longitudinales d'un blanc léger! Son disque, d'abord brun, devient blanc et puis vert; ses tentacules, à peu près triangulaires, sont presque transparents. Ils ressemblent à des festons de dentelle finement bordés d'un ourlet blanchâtre et terminés chacun par un pois blanc.

[44] Voyez figure 1, planche X.

[Illustration: MÉANDRINE

(Meandrina cerebriformis Lamarck).]

Les Madrépores proprement dits sont des associations bizarres des plus variées et des plus intéressantes. Qu'on se rappelle un gâteau de cire sorti d'une ruche, avec des larves d'Abeilles dans chaque cellule; qu'on suppose ce gâteau de pierre et non de cire, et chaque larve remplacée par un Polype, et l'on aura le Madrépore désigné sous le nom d'Astrée: c'est un des plus connus.

Les Méandrines diffèrent des Astrées par une surface creusée de lignes allongées et tortueuses, sillonnées en travers. Leurs cellules sont placées régulièrement dans les vallons.

[Illustration: PORITIDE AVEC SES POLYPES ÉPANOUIS

(Goniopora columna Dana).]

Les Poritides ont des branches qui s'élèvent peu, généralement dichotomes, à lobes obtus. Leurs Polypes sont des miniatures d'Anémones, portant autour de leur bouche douze tentacules radiés. Leur polypier est pierreux, fixé, rameux ou lobé, à surface libre, présentant un grand nombre d'étoiles régulières, superficielles ou excavées, à bords imparfaits ou nuls. Ces étoiles sont caractéristiques; on ne saurait les confondre avec celles d'une Astrée ou d'un Madrépore.

[Illustration: PORITIDE: SON POLYPIER CALCAIRE

(Porites mordax Dana).]

Les Polypiers Alcyonaires réunissent les Alcyonides, les Tubiporides, les Gorgonides et les Pennatulides, dont nous traiterons dans un chapitre spécial.

[Illustration: ALCYONIDE

(Xenia elongata Dana).]

Les Alcyonides sont très-communs; on en trouve souvent sur les coquilles de Saint-Jacques, sous la forme de masses charnues arrondies, à lobes irréguliers et de couleur rouge: cette masse est toute une colonie. Placée dans de l'eau de mer pure et fraîche, on ne tarde pas à voir apparaître des points opalins ou jaunâtres, qui se gonflent peu à peu, font saillie, et s'épanouissent en une corolle transparente et animée. Chacun de ces Polypes a huit pétales dentelés; au centre, est la bouche. Le corps du Polype est tubuleux: sa partie extérieure est plus ou moins longue; sa partie intérieure traverse au dedans, jusqu'à la base, la masse totale, qui n'est, d'ailleurs, que l'agglomération de tous les individus de l'association réunis par un tissu commun, criblé de spicules rouges et sillonné de vaisseaux.

La Bebryce tendre[45] est un Alcyonide. Ce Polypier, incomplet comme tous les Alcyons, ne possède qu'une écorce qui contient les Polypes. L'axe qui lui sert de soutien est un support d'emprunt.

[45] Voyez la planche VIII.

[Illustration: TUBIPORIDE (CORAIL MUSIQUE)

(Tubipora musica Linné.)]

Parmi les Tubiporides, se trouve le Corail musique, de l'archipel des Indes, caractérisé par ses tubes pierreux, simples, nombreux, rapprochés, droits ou flexueux, parallèles et un peu rayonnants, d'un beau rouge pourpre, unis ensemble de distance en distance par des lames transversales. On a comparé leur ensemble à un amas de tuyaux d'orgue.

Ses Polypes sont d'un vert d'herbe brillant (Péron); ils ont des tentacules garnis de chaque côté de deux ou trois rangées de papilles granuleuses charnues, au nombre de soixante à quatre-vingts (Lesson).

[Illustration: GORGONIDE

(Pêchée par quarante brasses de profondeur, côtes du Finistère).]

Les Gorgonides ont une écorce tellement pénétrée de grains calcaires ou siliceux (spicules), qu'elle forme une croûte en se desséchant. Cette croûte est friable, et conserve souvent les couleurs plus ou moins brillantes qui la caractérisent. Leurs cellules sont creusées tantôt dans une surface plane, tantôt dans des mamelons saillants; ceux-ci sont lisses, hérissés ou écailleux, quelquefois pendants les uns sur les autres.

C'est à ce groupe qu'appartiennent les Isis et le Corail, dont l'étude nous occupera dans le chapitre suivant, et toutes ces arborisations noires, lisses et flexibles, que l'on observe sur nos côtes. C'est encore à côté des Gorgonides que M. Deshayes a placé le beau Polypier pêché à la Calle, l'Anthozoanthe parasite[46], magnifique arbrisseau redressé et non pendant, avec des axes d'un brun foncé, une écorce d'un rose vif, et des Polypes d'un jaune d'or.

[46] Voyez la planche VII, communiquée par M. Deshayes.

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