‹ Le monde de la merChapitre 60 sur 247 · III

III

Chez la plupart des Polypiers, les individus élémentaires, malgré leur adhérence entre eux, possèdent une activité vitale propre, et, à certains égards, indépendante. Ils ont des volontés particulaires qu'il leur serait difficile de réunir, de confondre en une volonté générale. C'est probablement à cause de cette difficulté insurmontable, que la Nature a rendu ces corporations fixées et sédentaires. Elle a empêché leurs Polypes de prendre aucune détermination collective, et de mouvoir leur ensemble comme un seul individu.

Il n'en est pas ainsi chez les Plumes de mer; leur association constitue un Polypier non adhérent. Ce Polypier se remue, obscurément à la vérité, mais enfin il se remue. A quoi cela tient-il? A ce que les parties communes qu'il présente, au lieu d'être cornées ou calcaires, c'est-à-dire complétement inertes, sont charnues et contractiles, c'est-à-dire manifestement animées. Par conséquent, les Polypes d'une Plume de mer sont moins indépendants les uns des autres que les Polypes d'un Corail. Ils ont un organe central irritable, peut-être même sensible, qui appartient à tous, qui les relie plus intimement les uns aux autres, et qui donne plus d'unité à leur ensemble. Le Corail n'a pas de volonté, la Plume de mer en a une.

Les Polypiers fluviatiles (ou Polypes à panache de Trembley), véritables miniatures des Polypiers marins, ne sont pas tous fixés. Il en existe aussi de libres, tels que les Cristatelles. L'Auteur de la Nature a placé çà et là, dans les bassins et les ruisseaux, de petites créatures imperceptibles, analogues aux grands Zoophytes vagabonds que les ondes nourrissent et ballottent dans l'immensité de l'Océan!...

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