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Chapitre 15

La scène du jardin se répéta souvent, sous des formes diverses. Quand Geneviève et le petit garçon se trouvaient en désaccord, sous le plus léger prétexte, Victoire arrivait aussitôt, avertie par une sorte d’instinct, et se mettait immédiatement du côté de Jean, n’épargnant à la mère ni les aigres reproches, ni les allusions déplaisantes à son enfance et à sa jeunesse, et le tout, autant que possible, devant les employés de la maison.

— Ça n’est pas bien étonnant que vous ne sachiez pas gouverner un enfant de bonne famille, dit-elle un jour, quand, comme vous, on a été élevé sur les grandes routes…

— Victoire, dit Geneviève en la regardant bien en face, un beau jour vous recevrez un soufflet de ma main devant les domestiques du moulin.

— Vous l’entendez, bonnes gens ! elle me menace ! s’écria Victoire en se retournant. Mais il n’y avait plus personne. Les garçons meuniers avaient disparu, pour ne pas entendre. Simon seul restait au coin du feu, chauffant ses vieux tibias, qui devenaient particulièrement sensibles depuis qu’il s’adonnait à l’élève des écrevisses.

Geneviève était sortie, emportant son enfant comme elle le faisait toujours en pareilles circonstances.

— Oui, j’entends, dit le vieux en se frottant les jambes.

— Et tu ne dis rien ? Tu me laisserais insulter sans seulement remuer le doigt.

— Tu as tort, Victoire, tu as tort, répondit le malin paysan. Je te l’ai dit autrefois, faut faire, faut pas dire. Toi, tu dépenses ta colère en paroles, et puis un jour, la Geneviève nous fera procès, et nous serons obligés de nous en aller d’ici.

— Procès ? à nous ? cette rien du tout ? cria Victoire hors d’elle-même.

— Eh oui ! ça pourrait durer longtemps, mais enfin, ce n’est pas nous qui sommes les maîtres ici…

— Et qui donc ?

— Jean-Frappier Beauquesne, notre petit-fils, qui en sa qualité de mineur est sous la tutelle naturelle de sa mère. Elle n’est pas de mauvaise conduite, la Geneviève, on n’a jamais pu dire un mot contre elle, nous ne lui ferions pas retirer la tutelle, c’est nous qui nous en irions. Oui, femme, c’est comme ça ! Tu n’as pas besoin de me faire des grimaces, ça n’y changera rien. Elle peut nous renvoyer d’ici.

Victoire, consternée, s’assit en face de son mari, les mains dans son tablier roulé sur ses genoux.

— Eh bien, et nous, qu’est-ce que nous sommes ?

— Rien du tout.

Victoire se mordit les lèvres jusqu’au sang, et se contint un instant, mais pour mieux éclater.

— En voilà une drôle de loi ! s’écria-t-elle. C’est François qui a tout apporté, cette va-nu-pieds n’avait qu’un petit paquet de hardes… t’en souviens-tu, de ce petit paquet que la Céleste apporta un jour, avant le mariage ? Et c’est cette gueuse-là qui a droit à tout ; nous, qui sommes le père et la mère de François, nous n’avons droit à rien ?

— Écoute, femme, tu ne referas pas les lois, mieux vaut se taire. Il y a des moyens, te dit-on.

La Quesnelle se rapprocha curieusement de son mari.

— D’abord il faut dire dans le pays qu’elle élève mal l’enfant, et qu’elle n’entend rien aux affaires. Ça servira plus tard.

— Bien. Après ?

— Après ? Faudrait tâcher de la faire se remarier.

Victoire bondit sur ses deux pieds, prise d’un violent accès d’indignation.

— Se remarier ! après l’honneur que lui a fait notre fils en la prenant pour femme ! Si jamais elle osait seulement y penser…

— Victoire, Victoire, dit le vieux en branlant la tête, tu ne seras jamais qu’une sotte, c’est moi qui te le dis. Si elle se remarie, nous lui ôterons la tutelle de l’enfant ; ça ira tout seul.

La colère de Victoire s’arrêta court, comme un cheval qui reconnaît la porte du cabaret.

— Ah ! fit-elle, alors, c’est à voir ! Mais sitôt !

— Il n’est jamais trop tôt pour commencer les affaires. Si ça n’est pas emmanché longtemps d’avance, il n’y aura plus moyen de s’y prendre ensuite.

— Se remarier, répéta Victoire, songeuse, mais avec qui ?

— Qu’est-ce que ça nous fait, pourvu qu’il l’emmène ? Il faudrait même que ce ne fût pas quelqu’un de trop bien, parce que pour lui retirer la tutelle, il faudrait pouvoir dire quelque chose…

Les deux époux cherchèrent longtemps quel garçon mal famé, quel veuf sujet à caution ils pourraient offrir pour époux à Geneviève. Le résultat de cet examen fut que le village n’offrait pas de sujet convenable, et qu’il faudrait chercher plus loin.

Dans le courant de l’hiver, un nouveau visage se présenta au moulin. C’était un marchand de moutons, qui parcourait ce pays deux ou trois fois par an, afin de réunir le bétail épars chez les petits propriétaires, pour l’envoyer aux îles anglaises, qui n’en ont jamais assez.

Pierre Lumeau n’était ni beau ni laid, plutôt laid, ni grand ni petit, ni gros ni maigre, au dire des gens, ni fripon ni honnête. C’était un de ces hommes sur lesquels il est bien difficile de porter un jugement, à moins de les avoir connus depuis très longtemps, et quand on en est arrivé là, on se dit : À quoi pensé-je de ne pas m’être aperçu que j’avais affaire à un filou !

Mais ces filous sont les plus difficiles à surprendre.

Pourquoi vint-il au moulin, qui ne nourrissait point de moutons ? Simon aurait pu le dire, mais il s’en garda bien, et la première fois, même, il lui fit si mauvaise mine que Geneviève en eut pitié. Après tout, cet homme venait pour acheter des moutons, on n’en avait point à lui vendre, était-ce une raison pour ne pas lui offrir un verre de cidre ? Un verre de cidre s’offre toujours, à moins d’un désir formel d’être désagréable au nouveau venu.

Ce fut donc Geneviève qui appela Mélie pour lui faire tirer du cidre, et c’est elle qui remplit les verres, après quoi, elle se rassit devant la fenêtre, à son petit métier à dentelles.

Depuis son veuvage, elle y travaillait ouvertement. Du temps de François Beauquesne, elle n’osait pas, de peur de provoquer des questions auxquelles elle se sentait incapable de répondre par un mensonge, et dont la seule pensée, à présent comme alors, lui faisait monter les larmes à la gorge.

Pierre Lumeau revint ; Simon et sa femme n’étaient pas bien accueillants, mais c’était un peu leur manière avec tout le monde, et Geneviève n’y prenait pas garde. Cet homme représentait pour elle une ombre sur le seuil de la porte, à son entrée, et c’était tout. Ce qu’il disait, elle ne l’entendait pas ; elle le laissait causer avec les deux vieux, pendant ces longues heures de conversation paysanne, où il ne s’échange que quatre idées par heure, la pipe et le verre de cidre remplissant les intervalles.

Le vieux cousin Frappier venait aussi parfois plus souvent que du vivant de François. Il s’était intéressé à Geneviève, qu’il voyait toujours la même, droite et silencieuse, un ruban noir à sa coiffe, vêtue de noir de la tête aux pieds, avec des yeux qui ne quittaient jamais le petit Jean.

Celui-ci, toujours indiscipliné, avait pourtant pris un grand respect pour la main maternelle, depuis qu’il en avait senti la rude atteinte.

On ne se figure pas tout ce que peut penser et ressentir un enfant d’environ quatre ans. Il se forme sur les êtres qui l’entourent des opinions, souvent fausses, mais très arrêtées ; Jean s’était convaincu que sa grand-mère était menteuse : diverses menues circonstances où elle n’avait pas pris la peine de dissimuler devant un enfant si jeune, lui avaient dévoilé cette particularité regrettable. Dès lors, il n’eut plus en elle la moindre confiance.

Son véritable ami était le brave Saurin, qui lui montrait les meules, qui le penchait sur les trémies, afin qu’il put voir disparaître le blé toujours en mouvement par le petit trou où l’on mettait du grain, pour qu’en bas il sortit de la farine. C’est Saurin qui lui faisait des cages pour les mouches, et des sonnettes en osier pour suspendre au cou du chien de garde, ce qui mettait celui-ci en fureur ; mais ni Jean ni Saurin ne s’en souciaient le moins du monde, car il était doux comme un agneau.

Saurin parlait constamment de sa mère au petit garçon, et avec un tel respect que Geneviève en eût été touchée. Depuis qu’il l’avait vue au désespoir devant la meule meurtrière, il s’était pris pour elle d’une vénération presque superstitieuse, et il avait reporté sur elle toute l’affection qu’il ressentait jadis pour son maître, augmentée d’une tendresse plus intime et plus profonde, parce qu’elle était femme et malheureuse.

Le deuil que Geneviève portait sur elle n’était guère apparent, les habitudes du pays n’admettant pas de crêpes ni de pleureuses ; celui de son âme ne l’était pas davantage, mais c’était au fond d’elle-même une douleur intense qui noyait dans son flot les menus tourments de la vie. Le bonheur dont elle avait joui, si grand et si court, lui avait laissé une sorte d’éblouissement ; tellement que, par moments, elle ne croyait ni à son mariage ni au malheur qui l’avait rendue veuve. Il lui semblait qu’elle faisait un rêve et qu’elle allait se réveiller servante à l’auberge de Délasse.

Son fils devint l’unique préoccupation de sa vie, et c’est avec une joie presque sauvage qu’elle le vit devenir peu à peu moins respectueux pour la grand-mère. Mais quand elle s’aperçut qu’elle n’y gagnait rien, que le petit, toujours indiscipliné, s’arrangeait seulement pour tenir ses méfaits au-dessous de la correction manuelle, une fois éprouvée ; quand elle vit que Jean dans cette atmosphère de ruse perdait tous les jours en franchise pour gagner en subtilité, elle éprouva une de ces colères que connaissent seules les âmes droites.

Elle pouvait comprendre la jalousie des grands-parents ; mais s’ils rendaient son fils mauvais et pervers, elle était capable d’un coup de tête. Elle s’appliqua pendant plusieurs semaines à rechercher les causes de ce changement, et ne les trouva qu’avec peine, car son adversaire était bien rusé, – dans les discours de son beau-père à son petit garçon.

Au rebours de Victoire, qui se fâchait tout rouge et disait des injures, Simon procédait avec lenteur. Il ne disait jamais : Ta mère est une mauvaise mère, mais il disait : Ne dis pas à ta mère que je t’ai permis cela, car elle te gronderait !

Et, flattant ainsi les goûts de l’enfant, ceux-là que Geneviève aurait tâché d’étouffer, il l’amenait peu à peu à rechercher sa société, si bien que Geneviève finissait par avoir honte de toujours arracher son fils à ce vieillard tranquille, de qui elle n’avait jamais reçu une mauvaise parole, et qu’elle croyait bien disposé envers elle, comparativement à l’irascible Victoire.

Cependant Jean s’échappait d’auprès de sa mère dès qu’il le pouvait, et s’en allait avec Simon, qui avait retrouvé ses bonnes jambes pour l’emmener le plus loin possible.

Pendant l’hiver, Geneviève était sûre de le retrouver dans les environs du moulin ; mais quand vinrent les premiers jours du printemps, avec les premiers rayons du soleil, le grand-père et le petit-fils s’éclipsèrent après le dîner toutes les fois que le temps le permit. Victoire, interrogée, ne savait jamais où ils étaient, mais, vers trois heures, elle disparaissait à son tour, avec un panier au bras, contenant des friandises, et ils allaient goûter tous les trois quelque part, à un rendez-vous donné d’avance.

Ces promenades, d’où Jean revenait fatigué, demandant à se coucher, avaient pour résultat de le rendre maussade, quand on lui résistait, et gourmand à toutes les heures. Geneviève s’en aperçut, se fâcha, et déclara qu’elle le défendait.

Simon l’apaisa avec de bonnes paroles.

— Eh mon Dieu ! c’est bon ! On croyait bien faire, on s’est trompé ? On ne recommencera pas ! ce n’est pas la peine de tant crier pour si peu de chose. Vraiment, Geneviève, vous n’êtes pas raisonnable !

Le lendemain, ce fut Geneviève qui emmena son fils. Saurin, prévenu la veille au soir, avait attelé la jument grise à la voiture, et vers neuf heures du matin le bruit des roues dans la cour fit mettre aux fenêtres Victoire et Simon stupéfaits.

— Où vous en allez-vous comme cela ? fit Victoire, plus hardie.

— À mes affaires, répliqua la jeune femme en assemblant les rênes.

La jument partit au trot, pendant que Jean, émerveillé, battait des mains, et les deux vieux restèrent ébahis l’un en face de l’autre, se demandant ce que voulait dire ce coup de tête inattendu.

Geneviève alla tout d’une traite jusque chez le notaire, qui habitait à trois lieues de là. En la voyant entrer, celui-ci fut frappé de la dignité de cette femme, à qui son chagrin donnait quelque chose d’auguste.

— Que désirez-vous de moi ? lui dit-il d’un air affable.

— Connaître mes droits et mes devoirs, répondit Geneviève ; savoir ce que je dois supporter, ce que je puis empêcher, et savoir surtout si je suis obligée de laisser détourner de moi le seul bien qui me reste sur terre.

Elle faillit pleurer en disant ces derniers mots mais elle se retint avec un grand courage.

Le notaire l’interrogea : en quelques questions il fut fixé sur la conduite des époux Beauquesne, qui, d’ailleurs, étaient connus de tous pour leur caractère mesquin et leurs allures envahissantes.

— Dois-je subir cela sans me révolter ? dit la jeune femme en terminant le récit de ses griefs.

— Légalement, rien ne vous y oblige, répondit le notaire. Vous êtes tutrice de votre fils, vous seule avez pouvoir pour l’élever ; la gérance de ses biens vous appartient…

— Cela, interrompit Geneviève, j’y ai renoncé depuis longtemps déjà ; je ne crois pas les Beauquesne capables de faire du tort à leur petit-fils, et d’ailleurs ils n’ont pas d’autre héritier.

— Ce n’est pas légal, dit le notaire souriant ; mais si ni vous, ni eux, ne faites d’objection à ce mode d’arrangement, on peut passer outre, en attendant d’autres décisions.

— Comment faire, reprit la jeune femme, pour les empêcher de m’insulter en présence de mon fils, de lui dire du mal de moi, de me l’enlever pendant des journées entières ?

— Vous pouvez mettre l’enfant dans une pension, où ils ne le verraient qu’avec votre permission.

Geneviève regarda son fils avec tendresse.

— Pauvre petit, si jeune… et moi, que deviendrai-je, en tête-à-tête avec ces deux êtres qui me haïssent et qui ne passent pas un jour sans souhaiter ma mort ?

— Vous pouvez mettre votre fils en pension dans une ville que vous habiteriez, fit observer le notaire.

— Ah ! dit Geneviève saisie, je pourrais faire cela ?

— Sans doute !

— Mais aux vacances, il faudrait le ramener…

Le notaire ne répondit pas ; ce n’étaient pas là ses affaires.

— Et pour les biens de mon fils, je suis obligée de les gérer moi-même ?…

— Cela peut se faire à l’amiable en famille, comme vous l’avez fait jusqu’à présent, mais vous êtes responsable envers votre fils pour le jour de sa majorité.

Geneviève sourit faiblement.

— Nous avons le temps de réfléchir, d’ici là, dit-elle. Pourrais-je éloigner les deux vieux ?

— Vous en avez le droit, mais je ne puis vous cacher que cela vous ferait dans le pays un tort incalculable… On ne manquerait pas de vous accuser d’écarter les témoins intéressés à la gérance des biens et à l’éducation de l’enfant ; c’est là une démarche que je ne prendrai jamais sur moi de vous conseiller.

— C’est bien, monsieur, je vous remercie, fit la jeune mère en se levant. J’aurai peut-être besoin de vous un jour ou l’autre. Vous touchez mon fermage ?

— Comme toujours ; vos fermiers paient bien, et j’ai même de l’argent à vous. Le voulez-vous ?

— Donnez, dit Geneviève, cela peut servir.

Le notaire lui apporta les quelques centaines de francs qui constituaient son revenu annuel.

— Quand vous voudrez de l’argent, dit-il, je puis toujours en avancer…

— Je vous remercie, répondit simplement Geneviève. Vous êtes un brave homme, monsieur.

Elle remonta dans sa voiture, à la grande joie de Jean qui s’ennuyait fort à l’étude, où les affiches bariolées ne l’avaient amusé qu’un instant.

Victoire guettait son retour, derrière la fenêtre de la salle.

— Eh bien, avez-vous fait une bonne promenade ? dit-elle avec un visage souriant.

— Très bonne ; merci, Victoire, dit Geneviève en remettant les rênes à Saurin.

— Votre ami Lumeau vous attend, et la journée lui semble longue, dit la belle-mère, d’un air si ouvert que la jeune femme se sentit aussitôt sur ses gardes.

— Mon ami ? dites le vôtre ! répliqua-t-elle brusquement, car je ne sais en vérité qui l’a amené ici, ni qui l’y retient.

Elle monta à sa chambre pour changer de toilette. Jean, fier de se voir dans ses habits du dimanche, s’échappa pendant qu’elle s’habillait, et courut à la salle basse, car la promenade lui avait ouvert l’appétit.

— Faites-moi une tartine, grand-mère, dit-il d’un air décidé.

— Tout de suite, mon petit homme. Et vous avez été loin, dis !

— À la ville !

Pour Jean, le gros bourg était une ville, et quelle ville !

— Voir une amie à maman, bien sûr ? insista Victoire, en tirant à elle un gros pot de confitures.

— Une amie ? Mais non, c’était un monsieur qui a donné de l’argent à maman. Oh ! grand-mère, quelle drôle de chambre ! Il y avait des papiers de toutes les couleurs sur les murs, avec des lettres noires hautes comme ça !

Il montrait son bras dans toute sa longueur. Les deux vieux échangèrent un regard.

— C’est le notaire, dit Pierre Lumeau d’un air indifférent. Elle a touché ses rentes.

— Elle n’est pas riche, mais tout de même ce n’est pas un mauvais parti, fit remarquer Victoire à voix basse.

— Oui, si on lui conservait la tutelle, dit Lumeau du haut de sa grandeur ; mais sans ça, c’est bien peu de chose.

— On pourrait s’arranger, insinua Simon.

— Et puis, elle a l’argent que notre pauvre François lui avait donné quand le petit est né ; elle n’a pas dépensé un sou. Si ce n’est pas ridicule de garder de l’argent comme ça quand il pourrait rapporter de bonnes rentes…

— Combien ? fit Lumeau.

— Trois mille et des francs. Elle le garde dans son armoire… enfin c’est à elle !

Les yeux de Lumeau s’étaient fixés sur le foyer, et sa figure restait impénétrable. Geneviève entra.

— Voulez-vous goûter, ma fille ? dit Victoire avec une prévenance bien rare chez elle.

Geneviève se coupa un morceau de pain à la miche restée sur la table, et s’assit auprès de son petit garçon. Lumeau ne put en tirer une parole ce jour-là.

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