‹ Le Musicien aveugleChapitre 10 sur 62 · 1.9

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Après sa première promenade de printemps, l’enfant passa quelques jours dans le délire. Tantôt il restait couché, immobile et silencieux, dans son lit, tantôt il murmurait on ne savait quoi, ou prêtait l’oreille à quelque chose. Et pendant tout ce temps, l’expression caractéristique de son visage était celle d’un grand étonnement.

— Je vous assure qu’il regarde comme s’il essayait de comprendre quelque chose sans y arriver, disait la jeune mère.

Maxime devenait pensif et secouait la tête. Il comprit que l’étrange émoi du jeune aveugle et sa syncope subite s’expliquaient par l’abondance d’impressions dont sa jeune conscience ne pouvait se rendre maîtresse, et il décida que ces impressions ne devaient pénétrer dans l’esprit du convalescent que petit à petit, et pour ainsi dire désarticulées en leurs parties constituantes. Les fenêtres de la chambre où le malade était couché étaient solidement fermées. Puis, à mesure qu’il se remettait, on les ouvrait pour quelques heures ; plus tard on le promenait dans la chambre, on le faisait sortir sur le perron, dans la cour, dans le jardin. Et chaque fois, aussitôt que sur le visage de l’enfant apparaissait une expression d’inquiétude, la mère lui donnait l’explication des bruits qui l’avaient frappé.

— C’est la cornemuse du berger qu’on entend derrière la forêt, disait-elle. — C’est une voix de fauvette qui résonne à travers le gazouillement d’une volée de moineaux. — La cigogne fait glouglou sur sa roue 7. Ces jours-ci elle est revenue des pays lointains et fait son nid au vieil endroit.

Et le petit garçon tournait vers elle son visage qui brillait d’une vive reconnaissance, lui prenait la main et secouait sa tête en continuant d’écouter avec une attention intelligente et investigatrice.

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