1.10
Il commençait à questionner sur tout ce qui attirait son attention, et sa mère, ou encore plus souvent l’oncle Maxime, lui parlaient des objets ou des êtres qui émettaient tel ou tel son. Les récits de sa mère, plus vifs et plus explicites, produisaient sur lui une grande impression ; mais parfois cette impression était trop poignante. La jeune femme, souffrant elle-même, le visage bouleversé, les yeux fixés sur son fils d’un air plaintif et douloureusement impuissant, essayait de donner à son enfant quelque notion sur les formes et les couleurs. Le garçonnet tendait son attention, rapprochait les sourcils ; sur son front apparaissaient même de légères rides. Il était évident que sa tête travaillait à une tâche au-dessus de ses forces ; son imagination ignorante se débattait, s’efforçait de créer, à l’aide de données indirectes, une nouvelle image ; mais il n’arrivait à aucun résultat. L’oncle Maxime, dans des cas semblables, fronçait toujours les sourcils d’un air mécontent, et quand les larmes perlaient aux cils de la mère, quand le visage du petit palissait à cause de ces efforts concentrés, l’oncle se mêlait à la conversation, éloignait sa sœur et commençait des récits dans lesquels il avait surtout recours aux images d’espace et d’acoustique. La physionomie du petit aveugle se rassérénait alors un peu.
— Et comment est-elle ? est-elle grande ? — s’écriait-il à propos de la cigogne qui faisait entendre sur son poteau un traînant roulement de tambour.
Et, ce disant, le jeune garçon écartait ses mains, comme il avait l’habitude de le faire en posant ces sortes de questions, et l’oncle Maxime lui indiquait à quel moment il fallait s’arrêter. Cette fois, il ouvrit tout grands ses petits bras, mais l’oncle Maxime lui dit :
— Non, elle est encore beaucoup plus grande. Si on l’avait amenée dans la chambre et mise sur le plancher, sa tête aurait dépassé le dossier de la chaise.
— Grande !… fit le garçon d’un air pensif. — Et la fauvette — voilà !…
Et il écartait à peine les paumes de ses mains qui se touchaient.
— Oui, la fauvette n’est pas plus grande… Mais en revanche les grands oiseaux ne chantent jamais aussi bien que les petits. La fauvette se donne de la peine pour que tout le monde trouve du plaisir à l’entendre ; et la cigogne est un oiseau sérieux qui reste debout dans son nid sur un seul pied, en regardant autour d’elle, comme un méchant maître regarde ses ouvriers et grogne à haute voix, sans s’inquiéter si sa voix est enrouée et peut être entendue par des étrangers.
Le garçon riait gaiement en écoutant ces descriptions, et oubliait pour quelques instants les pénibles efforts qu’il faisait pour comprendre les récits de sa mère. Mais, malgré cela, ces récits l’attiraient plus fort, et il préférait lui adresser ses questions à elle plutôt qu’à l’oncle Maxime.
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