3.1
Grâce au régime institué sur le plan de Maxime, l’aveugle était livré, en tout et partout où c’était possible, à ses propres ressources, et cela amena les meilleurs résultats. À la maison, il n’avait nullement l’air d’un infirme : il marchait toujours d’un air assuré, faisait lui-même sa chambre, tenait dans un certain ordre ses joujoux et ses effets. En dehors de cela, autant qu’il était possible, Maxime n’oubliait pas les exercices physiques ; l’enfant avait, exprès pour lui, un trapèze, et quand il eut cinq ans passés, Maxime fit cadeau à son neveu d’un petit cheval fort doux.
La mère ne pouvait d’abord se faire à la pensée que son enfant aveugle pût monter à cheval, et elle taxait de folie le projet de son frère. Mais l’invalide usa de toute son influence, et deux ou trois mois plus tard, le petit garçonnet galopait gaîment à côté de Jokhime, qui n’intervenait qu’aux détours.
De cette façon, la cécité n’empêcha pas le développement physique régulier de l’enfant, et son influence sur le moral de Piétroussia fut grandement atténuée. Pour son âge, il était élancé et svelte ; son visage était un peu pâle, ses traits fins et expressifs. Ses cheveux bruns faisaient ressortir encore davantage la blancheur de son teint, et ses grands yeux noirs et presque immobiles lui donnaient une expression caractéristique qui enchaînait, en quelque sorte, immédiatement l’attention. Un léger pli au-dessus des sourcils, l’habitude d’avancer un peu en avant la tête, les nuages qui, de temps à autre, assombrissaient sa jolie figure, — c’étaient là les seuls indices de sa cécité. Ses mouvements dans un milieu connu de lui étaient assurés, mais on pouvait néanmoins remarquer que sa vivacité naturelle était étouffée et ne se manifestait que de temps à autre, par d’assez brusques effusions nerveuses.