‹ Le Musicien aveugleChapitre 32 sur 62 · 3.8

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À partir de ce jour s’établirent des rapports suivis entre la maison du « possesseur » et la métairie des Popielsky. La fillette, qu’on appelait Éveline, venait quotidiennement visiter son jeune femme, et quelques jours après elle devint aussi l’élève de Maxime. De prime abord, ce plan d’enseignement en commun ne plut pas outre mesure au pan Jaskoulsky. Premièrement, il pensait qu’une femme capable d’inscrire le linge et de tenir les comptes du ménage en sait toujours assez ; secondement, c’était un bon catholique, qui estimait que Maxime n’aurait pas dû batailler contre les Autrichiens, contrairement à la volonté du Pape nettement exprimée. Enfin, il croyait sincèrement qu’il y a un Dieu dans les cieux, et que Voltaire et tous ses sectaires bouilliront dans le goudron de l’enfer, sort qui, dans l’opinion de beaucoup de gens, était également réservé au pan Maxime. Cependant, après l’avoir vu de plus près, il dut avouer que cet hérétique, que ce batailleur était un homme d’une humeur très agréable et d’une grande intelligence, ce qui décida le voisin à donner son acquiescement. Néanmoins, une certaine inquiétude agitait l’âme du vieux gentilhomme polonais ; aussi, en amenant la fillette pour la première leçon, crut-il opportun de lui adresser un petit discours solennel et pompeux, qui du reste était principalement destiné aux oreilles de Maxime.

— Écoute, Éveline, fit-il en prenant sa fille par les épaules et regardant son futur professeur. Rappelle-toi toujours qu’il y a un Dieu dans les cieux, et son saint Pape à Rome. C’est moi qui te le dis, moi Valentin Jaskoulsky, et tu dois me croire parce que je suis ton père. Voilà mon primo.

Ici suivit un nouveau regard significatif dans la direction de Maxime. Pan Jaskoulsky soulignait son latin, faisant comprendre par là que lui non plus n’était pas étranger à la science, et qu’il serait difficile de lui donner le change.

— Secundo, je suis un seigneur polonais à l’illustre blason, où une croix n’est pas en vain dessinée sur un fond bleu, à côté « d’une meule et d’une corneille ». Tous les Jaskoulsky, qui étaient dans le temps de bons chevaliers, s’entendaient également dans les choses du ciel, et c’est pourquoi tu dois me croire. Mais quant au reste, en ce qui concerne orbis terrarum, c’est-à-dire les choses terrestres, écoute bien ce que te dira le pan Iatzenko, et travaille bien.

— Ne craignez rien, pan Valentin, répondit en souriant Maxime, nous n’enrôlons point des fillettes pour les bataillons de Garibaldi.

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