‹ Le Musicien aveugleChapitre 33 sur 62 · 3.9

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Il se trouva que les études en commun étaient très profitables pour les deux élèves. Piétroussia était, bien entendu, en avance, mais cela n’excluait pas une certaine émulation. En outre, le jeune aveugle aidait souvent Éveline à apprendre ses leçons, et elle, de son côté, trouvait parfois des procédés très ingénieux pour expliquer à Piétroussia certains points que sa cécité lui rendait difficiles à comprendre. Et puis, cette société apportait à ses occupations actuelles quelque chose de spécial, qui donnait à son travail intellectuel un genre particulier d’excitation agréable.

Cette amitié était pour l’enfant, sous tous les rapports, un vrai don de la bienveillante fortune. À présent, il ne recherchait plus un isolement complet. Il trouvait là une société que ne pouvait lui procurer l’affection des grandes personnes et, dans les moments où son âme éveillée s’apaisait, sa proximité lui était douce. Ils allaient toujours ensemble sur le bord de la rivière. Quand il jouait de sa petite flûte, Éveline l’écoutait avec un transport naïf. Et quand il mettait de côté son chalumeau, elle lui communiquait les impressions vives et enfantines que produisait sur elle la nature environnante. Bien entendu, elle ne pouvait les exprimer dans toute leur plénitude par des paroles appropriées ; mais en revanche, dans ses récits simples, dans ses intonations, il percevait le coloris caractéristique de chaque phénomène décrit. Ainsi, lorsqu’elle parlait, par exemple, de l’obscurité de la nuit humide et noire qui s’épandait tout autour au-dessus de la terre, il lui semblait entendre cette obscurité dans les sons de sa voix, qui résonnait timidement contenue. Et quand, levant en haut son visage pensif, elle lui disait : « Ah ! quel nuage là-bas, quel nuage sombre, tout à fait sombre ! » il croyait sentir immédiatement un souffle froid, ouïr dans sa voix le frôlement effrayant d’un monstre rampant quelque part dans le ciel, dans des hauteurs inconnues.

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