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« Les yeux, a dit quelqu’un, sont le miroir de l’âme. » Il serait peut-être plus juste de les comparer aux fenêtres par lesquelles font irruption dans l’âme les impressions de l’éclatant et chatoyant monde des couleurs. Qui peut dire quelle est, dans notre complexion psychique, la part qui revient aux impressions lumineuses ?
L’homme est un anneau de la chaîne sans fin des existences, qui se déroule, en passant par lui, des profondeurs du passé vers l’avenir infini. Et voilà que dans un de ces chaînons une fatalité a fermé ces fenêtres : toute la vie doit s’écouler dans l’obscurité. Mais cela veut-il dire que dans cette âme sont brisées pour toujours les cordes par lesquelles l’âme humaine répond aux impressions lumineuses ? Non, et même à travers cette existence obscure devait aussi passer, pour devenir l’apanage des générations futures, l’impressionnabilité intérieure par rapport à la lumière. Cette âme était une âme humaine entière, avec toutes ses facultés ; et comme toute faculté porte en elle-même une tendance à se satisfaire, dans l’âme obscure de l’enfant persistait également une aspiration inassouvie vers la lumière.
Quelque part, dans les profondeurs mystérieuses, gisaient intactes des forces reçues en héritage et sommeillantes sous la brume confuse des « possibilités » et prêtes à se porter à la rencontre du premier rayon lumineux. Mais les fenêtres restent fermées ; le sort de l’enfant est décidé : il ne verra jamais la lumière du soleil, toute sa vie se passera dans les ténèbres !…
Mais ces ténèbres étaient peuplées de fantômes.
Si l’enfant avait vécu dans le besoin et dans la peine, cela aurait peut-être détourné sa pensée vers les causes extérieures de souffrances. Mais ses proches avaient écarté de lui tout ce qui pouvait le chagriner. On lui avait procuré un calme et une paix absolus, et ce calme même lui rendait plus sensible la détresse de son âme inquiète et inassouvie. Au milieu de la tranquillité et des ténèbres qui l’entouraient, s’érigeait la conscience confuse et incessante d’une aspiration qui cherchait vainement à se satisfaire, et il sentait le besoin de donner une forme aux forces qui sommeillaient en lui sans trouver d’issue.
De là des pressentiments, des élans confus, pareils aux désirs de vol que chacun éprouve dans l’enfance et qui se traduisent à cet âge par des rêves si délicieux ; de là, enfin, ces tensions instinctives de sa pensée enfantine, qui donnaient à ses traits l’expression d’une interrogation maladive. Ces « possibilités » héréditaires des impressions lumineuses qui n’étaient pas encore éveillées dans la vie personnelle de l’enfant, se dressaient comme des fantômes dans sa petite tête, sans formes, indistinctes, obscures, et provoquant en lui des efforts poignants et confus.
Toute la nature s’insurgeait, dans une protestation inconsciente, contre ce « cas » individuel qui violait la loi commune.