4.6
Un jour, par une chaude soirée d’automne, les deux familles se trouvaient réunies sur la terrasse devant la maison, et admiraient le ciel étoilé, qui apparaissait bleu d’un azur profond et qui brillait de mille feux. Comme d’habitude, l’aveugle était assis à coté de son amie, près de sa mère.
Tout le monde se tut pour un instant.
Le silence était profond autour de la métairie ; seules, les feuilles imperceptiblement agitées murmuraient de temps en temps quelque chose d’indistinct.
En ce moment, un météore surgit des profondeurs de l’azur foncé, passa dans le ciel sous la forme d’une flèche lumineuse, et s’éteignit doucement, après avoir laissé pour un instant derrière lui une trace phosphorescente. La mère, appuyée contre le bras de Pierre, le sentit frissonner.
— Qu’est-ce que c’était ? demanda-t-il en tournant vers elle son visage ému.
— C’est une étoile filante, mon enfant.
— Oui, une étoile, dit-il d’un air pensif. Je le savais.
— Comment pouvais-tu donc le savoir, cher fils ? demanda la mère avec une triste expression de doute dans la voix.
— Non, il dit la vérité, intervint Éveline. Il sait beaucoup de choses « comme ça ».
Cette finesse des sens qui se développait de plus en plus, prouvait à elle seule que le garçonnet approchait sensiblement de l’âge critique qui sert de transition entre l’adolescence et la jeunesse. Mais, au demeurant, son développement s’effectuait d’une manière assez tranquille. Il semblait même s’être habitué à son sort, et sa mélancolie étrangement équilibrée, mélancolie sans espoir, mais aussi sans élans aigus, qui était devenue le fond ordinaire de sa vie, s’était à présent un peu adoucie. Mais ce n’était là qu’une accalmie temporaire. On dirait que la nature donne exprès de ces répits, grâce auxquels un jeune organisme se repose et amasse des forces pour une nouvelle tempête. Pendant ces accalmies s’élaborent et mûrissent insensiblement de nouveaux besoins. Une seule secousse, et tout le calme de l’âme sera bientôt bouleversé jusqu’au fond, comme la mer sous le coup d’une rafale abattue sur elle à l’improviste.
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