‹ Le Musicien aveugleChapitre 57 sur 62 · 6.6

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L’état moral de l’aveugle s’aggrava encore à la suite de cette conversation. Il semblait que les paroles de Maxime, auxquelles lui-même n’attribuait cependant pas grande importance, eussent touché quelque fibre dans l’âme de Pierre, car il se plongea encore davantage dans ses sombres pensées.

Parfois il s’absorbait tellement dans ses méditations qu’il percevait les sensations dont parlait Maxime. Elles se mêlaient aux idées qu’il avait sur l’espace. La terre, noire et triste, s’en allait quelque part au loin ; il la mesurait et ne lui trouvait pas de fin. Et au-dessus d’elle planait quelque chose d’autre… Dans son souvenir passait le grondement du tonnerre sonore, se dressait la conception de l’immensité infinie des cieux. Puis le tonnerre se taisait, mais une autre idée demeurait, là-haut, au-dessus, quelque chose qui évoquait dans son âme une sensation de sublimité et de sérénité. Parfois cette impression se précisait davantage ; il s’y mêlait la voix d’Éveline et de sa mère, « dont les yeux avaient la couleur du ciel » ; alors l’image qui surgissait devant lui, des profondeurs éloignées de son imagination, — image qui se précisait trop, — disparaissait tout à coup, évanouie, perdue il ne savait où.

Toutes ces ombres vagues le tourmentaient mais ne le satisfaisaient pas. Elles lui coûtaient de grands efforts et apparaissaient si confuses, qu’en somme il en ressentait seulement une déception et une douleur intenses mêlées à toutes les angoisses de son imagination malade, qui s’efforçait en vain de ressaisir la plénitude de ses fonctions.

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