‹ Le Musicien aveugleChapitre 7 sur 62 · 1.6

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Le deuxième hiver de sa vie approchait de sa fin. La neige commençait à fondre, on entendait le tintement des torrents printaniers, et en même temps la santé de l’enfant, qui en hiver était fréquemment indisposé et ne quittait pas l’appartement, s’améliorait peu à peu.

On enleva le second châssis 4, et le printemps fit irruption dans les chambres avec une force doublée. Le soleil riant du renouveau regardait par les fenêtres inondées de lumière ; les branches encore nues des hêtres se balançaient près des croisées ; les champs apparaissaient noirs dans le lointain, et on pouvait y voir, par places, les taches blanches de la neige fondante, tandis qu’ailleurs se faisait jour, sous forme de verdure à peine perceptible, une herbe naissante. Tout le monde respirait mieux et plus librement ; sur chacun le printemps se manifestait par l’afflux d’une force vitale renouvelée : la sève.

Pour l’aveugle, il n’en recevait l’impression que par ses bruits précipités. Il entendait courir les torrents printaniers qui, on eût dit, se pressaient l’un après l’autre, sautant de pierre en pierre et s’enfonçant dans la profondeur de la terre ramollie ; les branches des hêtres se parlaient à voix basse derrière les fenêtres en se heurtant l’une contre l’autre et sous leurs chocs légers vibraient les vitres. Et l’égouttement menu et pressé des glaçons pendant du toit, pris par la gelée matinale et à présent échauffés par le soleil, sonnait par mille coups retentissants. Ces sons tombaient dans la chambre comme un roulis de cailloux éclatants et sonores. De temps en temps on entendait, à travers ces sons et ces bruits, les cris d’appel des grues qui passaient dans les hauteurs des airs,— des cris qui s’en allaient mourant peu à peu, comme s’ils se fussent fondus dans l’espace.

Cette animation de la nature se traduisait, sur le visage de l’enfant, par un étonnement maladif. Il rapprochait avec effort ses sourcils, allongeait le cou, prêtait l’oreille : puis, comme alarmé par l’agitation incompréhensible des sons, il étendait tout d’un coup ses mains, en cherchant sa mère, et se jetait vers elle en se serrant fortement contre sa poitrine.

— Qu’est-ce qu’il y a donc ? demandait-elle aux autres et à elle-même.

L’oncle Maxime examinait avec attention le visage de l’enfant, et ne pouvait s’expliquer son émoi.

— Il… il ne peut pas comprendre, devinait la mère, en apercevant sur le visage de son fils une expression interrogative de maladive surprise.

En effet, l’enfant était alarmé et inquiet ; tantôt il discernait facilement des sons nouveaux, tantôt il constatait avec stupeur que les anciens, ceux auxquels il commençait déjà à s’habituer, disparaissaient tout à coup et se perdaient il ne savait où.

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