Chapitre 14 Le toutou de Bébé
« Si vous connaissiez ma grand-mère, vous l’adoreriez comme moi, tout comme moi » chante le poète Botrel.
Bien des petits-fils qui pourraient reprendre au refrain avec le poète, car les grand-mamans, ça ne semble avoir d’autre but dans ce monde que de se dédommager du souci qu’elles ont eu à élever la première génération en s’imposant, de cœur content, plus de peine, plus de soin et plus de gâteries pour la deuxième.
Les mamans conservent quelque autorité ; les grand-mères n’en ont plus du tout, On dirait qu’elles sont heureuses d’abdiquer les responsabilités de l’éducatrice et de s’abandonner à la tyrannie des tout petits avec ivresse, tout comme elles auraient fait pour leurs propres enfants, si le devoir ne leur avait commandé de les corriger.
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Un petit-fils de ma connaissance possède une de ces grand-mères soumises et obéissantes qu’il tyrannise d’ailleurs consciencieusement. Il est largement payé d’une affection qu’il témoigne à grand renfort de coups de poings dans la figure, ou en arrachant délicatement des pincées de cheveux, ou en fourrant ses doigts dans les yeux, par des cadeaux princiers. Récemment, il recevait un chien, tout ce qu’il a de plus « made in Germany », bien qu’il vînt de chez l’un de nos loyalistes marchands anglais. C’était à peine un jouet de petit bambin bourgeois comme lui, presque une œuvre d’art, tant l’artiste qui créa ce toutou, tout Boche qu’il était, avait copié de près la nature.
Le soir, il fallut sortir M. Bébé pour faire l’étrenne du toutou. Celui-ci est monté sur des roulettes. On passa une corde à son collier et avec sa docilité de chien artificiel tenu en laisse, il suivit, avec quelques à-coups, les dandinements de la démarche incertaine de son jeune maître.
Tout alla bien pendant vingt bonnes verges, quand soudain surgissent deux chiens, en chair et en os ceux-là, l’un vieux, l’autre jeune. Ils saluent le toutou de Nuremberg à la manière canine, le poil hérissé, le nez soupçonneux, le grognement hostile. Le vieux s’en va tout de suite un peu penaud de sa méprise. Quant à l’autre, il a pris la bête de caracul pour l’un de ses frères qui ignore volontairement le protocole de sa race et n’entreprend-il pas, l’imbécile, de la déchiqueter à belles dents. Il aurait accompli son travail en peu de temps sans un vigoureux coup de pied qu’il reçut en plein ventre.
Et bébé, pensez-vous qu’il essayait de défendre son joujou ? Pas du tout, les intrus partis, il s’élance sur leur piste en criant « boo-woo », laissant l’autre en plan. Il fallut mimer des aboiements et des sauts multiples avec la bestiole artificielle pour l’amener à la reprendre en laisse.
Il l’a reprise, mais il ne sera plus jamais dupe.
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