Chapitre 25 Natalité libératrice
Un papa m’a raconté ses méditations au chevet d’un berceau longtemps vide qui, s’anima, un matin béni, des vagissements d’un enfant, robuste et s’accrochant à la vie de toute la poigne de ses menottes crispées. On a de l’orgueil, en ces temps de lutte, où la mitraille fauche tant de jeunesse, en Europe, d’avoir un fils. Et voici ce que ce père me racontait :
« Quand il dort, sous les courtines que la maternelle tendresse a enrubannées, quand à sa bouche tremble un sourire avec la nacre d’une goutte de lait, au risque de chasser par mes austères pensées, les songes gais qui survolent cette couche, je me jure de prendre cette cire molle qu’est un petit enfant et de faire de mon âme son âme, comme j’ai fait de ma chair sa chair, d’y déposer un tel amour de notre langue, de nos libertés et de notre race que jamais les Prussiens d’Ontario n’auront d’ennemi plus acharné. »
Et comme s’il avait compris, même en son sommeil de poupon joyeux, l’enfant crispe, encore plus fort, ses poings menus.
…Dans leurs « moïses » symboliques, 1000, 10 000 autres enfants voguent ainsi, à jamais sauvés des eaux montantes de l’anglicisation. Les berceaux canadiens ne porteront désormais dans leur flanc que des guerriers, comme le cheval de Troie. Nous n’aurons été que l’armée de couverture ; ce sont eux qui remporteront les trophées. De grâce, n’oublions pas que si la langue française vit chez nous, elle le doit à la générosité de nos femmes, qui enseignées par une religion haute, acceptent comme une joie les maternités douloureuses.
Et c’est la réponse à ceux qui veulent séparer la question de la survivance française de la question de religion.
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