2.5
Quelques instants avaient passé depuis que la voix dure et monotone de Martin-Roget s’était tue. Le silence s’était établi entre les deux hommes qui n’avaient plus rien à ajouter. L’un avait vidé son cœur débordant, l’autre l’avait écouté. À vrai dire, ils étaient faits pour se comprendre et ce silence était plutôt une preuve de leur entente mutuelle. Autour d’eux tout n’était que calme. Personne ne bougeait dans la maison. Au-dehors régnait une nuit de brouillard. Le volet avait cessé de battre contre la fenêtre. Seul le crépitement du bois rompait ce silence oppressant.
Martin-Roget fut le premier à s’éveiller de cet état de tension dans lequel l’avaient plongé ses souvenirs. Il laissa ses mains retomber lourdement sur ses genoux et se retourna vers son compagnon, puis se leva et avec un rire bref il dit :
— Maintenant, citoyen, il me faut te dire au revoir et reprendre le chemin du retour vers Bath. Les chevaux ont eu le repos nécessaire et je ne peux pas passer la nuit ici.
Il se dirigea vers la porte, l’ouvrit et appela :
— Holà ! Y a-t-il quelqu’un ?
La femme qui l’avait accueilli à son arrivée descendit lentement l’escalier.
— Dites à mon homme de se tenir prêt avec les chevaux. J’arrive ! ordonna Martin-Roget.
Il revint dans la salle et revêtit non sans mal son grand manteau. Chauvelin avait repris sa place dans le renfoncement. Il se tenait les bras croisés, un sourire mi-hautain, mi-satisfait sur les lèvres. Lorsque Martin-Roget fut prêt à partir, il lui lança d’une voix calme :
— Le Hollandia, n’oublie pas ! le dernier jour du mois à Portishead, capitaine K.u.y.p.e.r. !
— Fort bien, répondit l’autre, je ne suis pas près de l’oublier ! <
Et ramassant son chapeau et sa cravache il sortit.