3.1
Il y eut un grand soupir de satisfaction. On put l’entendre d’un coin à l’autre du palais. Malgré le bruit de l’orchestre qui venait d’attaquer avec vigueur les premières mesures d’une scottish, le brouhaha des danseuses et le frou-frou des toilettes, il traversa le hall octogonal et parvint jusqu’aux divers salons. Le bavardage des dames cessa brusquement et les hommes oublièrent un instant leurs cartes. Incontestablement ce « Ah ! » cent fois répété, exprimait une satisfaction générale.
Sir Percy et Lady Blakeney venaient d’arriver ! Il était près de minuit et le bal avait langui jusque-là. Car, qu’était un bal sans la présence de Sir Percy, la coqueluche de la société de Bath ? On avait également attendu l’arrivée de Son Altesse Royale et on avait craint qu’Elle ne vînt pas en dépit de sa promesse. La fête avait gardé un air de deuil, malgré la foule élégante et brillamment vêtue qui se pressait dans les grands salons.
Mais à présent, Sir Percy Blakeney était là ! juste avant que retentissent les douze coups de minuit, et à peine quelques instants avant l’arrivée de Son Altesse Royale. Quand Lady Blakeney fit son entrée dans les salons au bras de Son Altesse, tout le monde put remarquer qu’elle était plus belle et plus radieuse que jamais. Sir Percy donnait le bras à la jeune duchesse de Flintshire et Lord Anthony Dewhurst les suivait.
— À quoi pensiez-vous, homme incorrigible, dit la jeune duchesse à son cavalier sur un ton mi-plaisant, mi-sévère, en arrivant si tard au bal ? Deux minutes de plus et vous arriviez après Son Altesse. J’aimerais savoir comment vous vous seriez tiré d’un pareil faux pas !
— En jurant que la pensée de Votre Grâce a complètement tourné ma pauvre tête, répondit-il galamment, et qu’en revoyant en imagination tous ses charmes, j’en ai oublié l’heure, le lieu, mes obligations mondaines, en un mot, tout !
— Et même de dire la vérité, répondit-elle en riant. Ne pouvez-vous donc être sérieux une fois dans votre vie, Sir Percy ?
— Impossible, chère madame, aussi longtemps que votre charmante main reposera sur mon bras.