3.3
Cependant les ennuis de M. de Kernogan commencèrent avec l’arrivée de Son Altesse et de sa suite. Lord Tony venait de paraître alors que M. Martin-Roget n’était pas encore arrivé. Le jeune homme avait fait son entrée dans le sillage de Lady Blakeney, mais peu d’instants après, il se mit à parcourir les salons, selon toute évidence à la recherche de quelqu’un. Aussitôt, il se forma une conspiration tacite parmi la jeunesse présente pour soustraire Lord Tony et Yvonne de Kernogan aux yeux inquisiteurs du duc. Son Altesse, après avoir jeté un regard entendu sur la salle de bal, adressa quelques paroles aimables à des intimes, puis se dirigea vers la salle de jeux, en priant, comme par hasard, le duc de Kernogan d’être son partenaire dans une partie de whist.
M. de Kernogan, en bon courtisan de l’ancien régime, aurait considéré comme un crime de récuser une invitation royale. Aussi suivit-il docilement Son Altesse dans la salle des jeux, non sans avoir constaté avec satisfaction que sa fille était assise en compagnie de Lady Blakeney et que la présence, importune à ses yeux, de Lord Tony ne se manifestait pas près d’elles. Mais sa satisfaction fut de courte durée. La partie était à peine engagée qu’il vit entrer Lady Blakeney qui vint s’asseoir aux côtés du prince. L’heure qui s’ensuivit fut une torture pour le père, dévoré d’inquiétude à la pensée que vraisemblablement sa fille devait être assise en compagnie de Lord Tony dans quelque endroit écarté de la salle.
— Ah ! si seulement Martin-Roger était là, soupira-t-il.