‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 50 sur 83 · 2.4

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Quelques minutes plus tard, les trois « Marats » reparurent au bout de la place, se dirigeant rapidement vers l’ancienne forteresse.

À leur vue, Chauvelin descendit hâtivement l’escalier et courut à leur rencontre.

— Alors ? demanda-t-il anxieusement.

— Nous n’avons pu les voir, répondit Paul Friche avec humeur, nous les avons pourtant entendus, ils parlaient et riaient en descendant rapidement vers les quais. Puis, brusquement, comme si la rivière les avait avalés, nous n’avons plus rien vu, ni entendu.

Chauvelin jura, et un curieux sifflement s’échappa de ses lèvres.

— Ne sois pas trop déçu, citoyen, ajouta l’homme avec un rire grossier. Mon collègue a trouvé ça par terre, au coin de la ruelle.

En disant ces mots il tendit une liasse de papiers attachés ensemble par un ruban rouge. Le paquet avait visiblement roulé dans la boue, car il était maculé de taches. Chauvelin, d’une main semblable à une griffe d’épervier, s’en saisit avidement.

— Tu dois me les rendre, citoyen, c’est mon butin. Je dois les remettre seulement au citoyen-capitaine Fleury.

— Je les lui remettrai moi-même, répondit Chauvelin. Pour le moment, tu ferais mieux de rester à ton poste, ajouta-t-il d’un ton cinglant, voyant que l’autre s’apprêtait à le suivre.

— Je n’ai d’ordres à recevoir que de mon chef, protesta Friche.

— Tu les prendras de moi, maintenant, coupa Chauvelin d’un ton autoritaire qui surprenait chez cet homme chétif. Retourne immédiatement à ton poste avant que je dépose une plainte pour négligence.

Il se tourna, puis remonta l’escalier sans prêter la moindre attention à l’homme qui grommela des imprécations.

— Quoi de neuf ? demanda Martin-Roget avec empressement.

— Oh ! rien, répliqua Chauvelin.

Il tenait les papiers serrés dans sa main, se demandant s’il allait en parler à son compagnon.

— Que t’a dit Friche ? interrogea Martin-Roget. Raconte vite.

— Très peu de chose. Lui et ses camarades ont aperçu de loin les étrangers qui marchaient très vite. Ils les ont suivis jusqu’aux quais où ils ont brusquement perdu leur trace comme si la terre ou la nuit les avaient absorbés.

— C’est tout ?

— Oui, c’est tout.

— Je me demande, ajouta Martin-Roget en riant, je me demande si toi et moi, citoyen Chauvelin, et même ces hommes, nous n’avons pas été les jouets de nos nerfs.

— Je me le demande en effet, répondit Chauvelin, en glissant tout doucement les papiers dans la poche de son manteau.

— Alors, je pense que rien ne nous retient ici. Et tu n’as rien d’autre à me dire sur ton mystérieux Mouron Rouge ?

— Non, rien.

— Tu veux toujours assister à mon entretien avec la fille Kernogan, voir ce qu’elle fera et entendre ce qu’elle dira, lorsque je lui ferai mes dernières propositions ?

— Si tu veux bien…

— Suis-moi donc, dit Martin-Roget. La maison de ma sœur n’est pas loin d’ici.

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