‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 51 sur 83 · 3.1

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Pour atteindre le carrefour de la Poissonnerie, les deux hommes furent obligés de contourner l’ancienne forteresse du Bouffay, de longer le quai pendant un moment, puis de tourner dans une allée étroite en face du pont. Ils marchaient en silence, absorbés dans leurs réflexions.

La maison occupée par la citoyenne Adet se trouvait légèrement en retrait des autres. Toutes les demeures de la rue étaient d’ailleurs aussi misérables les unes que les autres, à demi écroulées, et certaines d’entre elles ne valaient guère mieux que les baraques érigées près du Bouffay. La plupart de ces maisons avaient des toits qui dépassaient largement leur façade, des sortes d’auvents avançant jusqu’au milieu de la rue, empêchant le moindre rayon de soleil d’y pénétrer.

En cet an II de la République, le carrefour de la Poissonnerie présentait un aspect sinistre et malodorant. Deux tiers de l’année, une boue épaisse recouvrait la rue non pavée et, par temps sec, les passants soulevaient des nuages de poussière.

De nuit, une ou deux lanternes, accrochées par des chaînes allant d’une maison à l’autre, répandaient une faible clarté à certains endroits, tandis que le reste du carrefour était plongé dans l’obscurité. Seuls quelques rayons de lumière filtraient par-ci, par-là à travers un volet mal clos ou une porte mal jointe.

Durant la journée, quelques enfants pâles et mal nourris, couverts de loques, s’amusaient au milieu de la poussière et de la saleté. Presque personne n’y passait pendant le jour, mais de nuit, une étrange animation y régnait ; des hommes et des femmes, pieds nus et mal vêtus, longeaient les murs d’un pas furtif, heureux de l’obscurité, glissant en silence dans cette ruelle sinistre. D’ailleurs le silence paraissait régner en permanence sur ce lieu. Seul, le bruissement de quelques chouettes ou chauves-souris battant des ailes, et de temps à autre l’écho d’une toux maladive ou d’un échange de saluts entre deux compagnons de débauche résonnaient à travers la nuit et constituaient les uniques signes de vie.

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