4.4
Dès qu’il eut la certitude que, quoi qu’il arrivât, il recevrait une forte somme, Carrier apporta généreusement toute son aide à l’exécution du projet convenu. Fleury reçut l’ordre de se mettre à la disposition de Chauvelin, avec ses hommes. Il commença par rechigner, furieux d’être placé sous les ordres d’un civil, mais il n’était pas facile de contrevenir à une instruction du proconsul.
Il se soumit donc tant bien que mal, radouci par la promesse d’une récompense de mille francs en cas de capture des Anglais.
— J’estime que tu devrais te défaire de ce lourdaud obstiné, dit avec cynisme Lalouët, lorsque Fleury eut quitté la pièce ; il discute trop pour mon goût.
Chauvelin sourit. Peu lui importait ce qui allait advenir une fois son but atteint.
— Je ne veux pas te retenir plus longtemps, citoyen Carrier, dit-il en se levant pour prendre congé. J’aurai de quoi m’occuper jusqu’au moment où je déposerai à tes pieds ces trublions britanniques, dûment ficelés et bâillonnés.
— Je les recevrai au Rat Mort, citoyen, dit aimablement Carrier, et tu peux compter sur ma recommandation élogieuse au Comité de salut public. Je leur signalerai ton grand zèle.
— Espérons, ajouta Lalouët, que le citoyen Chauvelin ne laissera pas ces canailles lui filer entre les doigts.
— Si cela devait se produire, s’écria Chauvelin avec amertume, vous pourrez faire rechercher mon corps demain dans la Loire.
— Oh ! nous ne nous donnerions pas ce mal ! répliqua Carrier. Au revoir, citoyen ; au Rat Mort ce soir et bonne chance !
Jacques Lalouët accompagna Chauvelin jusqu’à la porte. Une fois seul, celui-ci demeura quelques instants immobile et attendant que le bruit des pas du jeune homme ait totalement disparu. Il poussa alors un grand soupir de satisfaction en murmurant :
— Et maintenant, mon cher Mouron Rouge, une fois de plus, à nous deux ! Il descendit rapidement les marches, sortit et se dirigea du côté du Bouffay.
q