‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 63 sur 83 · 6.1

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Le mystérieux personnage, suivi d’Yvonne, sortit de la maison et tous deux se trouvèrent dans la rue déserte et à peine éclairée. À la faible lumière d’une lanterne accrochée non loin de là, la jeune femme distingua de nouveau la large silhouette de son compagnon, bien qu’il s’efforçât de toujours rester dans l’ombre. Elle pensa que cet homme était peut-être le chevaleresque et tout-puissant Mouron Rouge en personne, surgi de la nuit pour la sauver.

Elle l’imaginait également grand, avec de larges épaules et, l’esprit rempli de mille suppositions romanesques, Yvonne ne regrettait plus d’avoir traversé de si grandes souffrances puisqu’il lui était permis de vivre des instants aussi palpitants.

Après avoir fait quelques pas le long de la maison, l’homme tourna vers la droite. Yvonne ne pouvait pour ainsi dire rien distinguer dans l’obscurité, mais elle connaissait assez la ville pour savoir approximativement où ils se trouvaient. La tour d’horloge du Bouffay lui servant de repère, elle découvrit que la maison dans laquelle on l’avait maintenue prisonnière durant ces trois jours était adossée à l’ancienne forteresse et qu’elle se trouvait actuellement au carrefour de la Poissonnerie.

Le vent glacial soufflait à travers ses vêtements élimés et ses souliers étaient trempés, mais Yvonne ne sentait plus ni le froid ni la fatigue. La folle excitation qui commandait à toutes ses sensations lui avait insufflé de nouvelles forces, et lorsque le guide lui demanda si elle se sentait courageuse, elle put répondre avec sérénité :

— Oui, monsieur.

L’homme s’arrêta devant une maison non loin de celle de Louise Adet. La jeune femme entendit grincer quelque chose au-dessus d’elle et, levant la tête, elle vit que c’était une enseigne peinte, accrochée à un bras de fer forgé et que le vent agitait. Elle ne put lire ce qui était inscrit sur le panneau, mais elle remarqua juste au-dessus une petite fenêtre qui laissait filtrer un peu de lumière.

Il faisait trop noir pour qu’on pût juger du genre de la maison, tout paraissait silencieux à l’extérieur et juste quelques rais de lumière passaient à travers les interstices des volets et de la porte.

Les nerfs d’Yvonne étaient tellement tendus et ses sens si aiguisés, qu’elle sentit tout autour d’elle une curieuse agitation et qu’elle devina plutôt qu’elle ne vit des formes vagues qui glissaient à travers la nuit.

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