6.2
— Vos amis vous rencontreront ici, chuchota le guide en montrant la maison. La porte n’est pas verrouillée, poussez-la et entrez hardiment. Vous aurez besoin de tout votre courage, car vous vous trouverez en face de gens pauvres dont les manières sont plus rudes que celles auxquelles vous êtes habituée ! Mais bien que grossiers, ces gens ne sont pas méchants et ils ne s’occuperont pas de vous. N’ayez aucune crainte. Vos amis auraient certes préféré vous retrouver dans un autre endroit, mais ils n’avaient pas le choix.
— Je comprends parfaitement, monsieur, répondit Yvonne avec calme, et je n’aurai pas peur.
— Je vous félicite, continua l’homme. Je vous donne ma parole qu’à l’intérieur de la maison vous serez en sécurité jusqu’au moment où vos amis pourront venir vous chercher. Il vous faudra peut-être attendre une heure ou deux, mais ayez de la patience. Mettez-vous dans un coin de la pièce et ne vous occupez pas de ce qui se passera autour de vous.
— Mes amis, monsieur ! dit-elle gravement avec un léger tremblement de voix, n’êtes-vous pas vous aussi un ami, d’un dévouement tel qu’il semblerait difficile d’en rencontrer jamais un pareil ? Je ne peux trouver les mots pour vous remercier. Mais…
— Ne me remerciez pas, répondit l’homme avec rudesse, et ne perdons pas de temps. La rue n’est pas un endroit trop sûr pour vous. Dans la maison vous serez à l’abri.
Il avait déjà la main sur le loquet, prêt à pousser la porte, lorsque Yvonne l’arrêta.
— Et mon père, monsieur, supplia-t-elle, allez-vous l’aider également ?
— M. le duc de Kernogan est autant en sûreté que vous, madame, répliqua-t-il. Il vous rejoindra tout à l’heure. Ne vous tourmentez pas, vos amis s’occupent de lui comme de vous.
— Je le verrai donc… bientôt ? murmura-t-elle d’une voix tremblante.
— Très bientôt, reprit-il, mais entre-temps, je vous conjure, restez tranquillement dans un coin et attendez la suite des événements, quoi que vous puissiez voir ou entendre. Votre sécurité, celle de votre père, de vos amis même, dépendront principalement de votre calme et de votre obéissance.
— Je m’en souviendrai, monsieur, répliqua Yvonne, et à mon tour je vous prie de ne pas vous faire de soucis à mon sujet.
Tandis qu’elle disait ces derniers mots, l’homme avait ouvert la porte de l’étrange maison.