‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 65 sur 83 · 6.3

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Bien qu’Yvonne se fût juré d’être courageuse et de suivre docilement les instructions de son libérateur, elle ne put s’empêcher de reculer en voyant l’endroit où elle allait entrer et où on lui demandait d’attendre patiemment pendant une heure ou deux.

La pièce dans laquelle l’homme la poussait doucement était très grande et basse, insuffisamment éclairée par une lampe à huile suspendue au plafond et qui laissait échapper une fumée noire et nauséabonde. L’atmosphère confinée sentait le vieux tabac et l’huile rance. Les murs, autrefois blancs, étaient recouverts de crasse et devenus d’un gris sale avec de-ci, de-là d’horribles taches d’un rouge sombre et des marques de doigts. Le plafond était lézardé, ainsi que les murs, et le plâtre avait disparu par endroits, découvrant les lattes de bois. Face à la porte d’entrée se trouvaient deux petites portes. Yvonne eut un frémissement d’horreur. L’endroit était indiciblement sinistre, sordide et bruyant. Dès qu’elle en eut franchi le seuil, elle entendit un juron grossier lancé par un des occupants, suivi d’un rire vite réprimé.

Il y avait là une vingtaine de personnes, parmi lesquelles nombre de femmes. Un groupe d’hommes en guenilles, jambes nues et chaussés de sabots, se tenaient au centre de la pièce en train de discuter. À la vue d’Yvonne et de son guide, ils se retournèrent et lancèrent un rapide coup d’œil chargé de haine sur les nouveaux arrivants. Le blasphème avait été lancé par l’un de ces hommes, tandis que d’autres crachaient par terre en direction de la porte où Yvonne s’était arrêtée, comme rivée au sol.

Les femmes semblaient aussi peu accueillantes que les hommes. Vêtues de haillons, avec des visages sans âge et sur lesquels on eût cherché en vain la moindre trace de douceur, avec des cheveux ternes qui leur retombaient en mèches sur le front, elles portaient toutes les stigmates de la plus profonde misère morale et physique.

Dans un angle de la salle se dressait un comptoir en bois assez haut sur lequel se trouvaient bon nombre de bouteilles, une collection de timbales en étain, du pain et du fromage. Un homme d’un certain âge et une grosse bonne femme aux traits vulgaires, visiblement les tenanciers, se tenaient là, servant des boissons à l’aspect douteux. Au-dessus de leur tête, sur le mur crasseux, était tracé en grosses lettres noires le slogan républicain : Liberté ! Égalité ! Fraternité !

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