‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 66 sur 83 · 6.4

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Yvonne ferma les yeux un instant, puis se tournant vers son guide avec un regard pathétique, elle lui dit :

— Il faut vraiment que ce soit ici ?

— Oui, malheureusement, répondit l’autre en soupirant. Mais vous m’aviez dit que vous auriez du courage.

Elle fit un violent effort pour se ressaisir et répondit simplement :

— Je serai courageuse.

— Voilà qui est bien, répliqua l’homme. Je vous assure que ces pauvres gens ne sont pas méchants. C’est la misère, semblable d’ailleurs à celle que vous venez d’endurer, qui les a rendus ainsi. Nous n’avons, hélas ! pas le choix de vous amener ailleurs. Votre sécurité importait avant tout, je suis sûr que vous le comprenez.

— Oui, naturellement, répondit-elle, j’ai honte d’avoir eu peur.

Et, en disant ces mots, elle entra résolument dans la pièce, tandis que le guide, resté sur le seuil, l’observait attentivement.

Yvonne aperçut de l’autre côté de la salle, dans un coin près d’une des portes, un banc vide sur lequel elle pensa pouvoir s’installer et attendre tranquillement. Pour y parvenir, elle dut traverser toute la salle sous les insultes proférées à voix basse et les regards hostiles. Une femme lui cracha même dessus.

Mais toute sa peur avait disparu et Yvonne put facilement maîtriser sa répulsion. Elle puisait sa force dans l’idée que, seules, son obéissance et sa fermeté pouvaient aider ses vaillants sauveteurs et la certitude de retrouver sous peu son cher époux lui fit supporter calmement l’horreur du moment.

Voulant rassurer son guide quant à son état d’esprit, elle se retourna, mais l’homme avait déjà disparu en refermant la porte derrière lui et Yvonne ne put se défendre d’une soudaine sensation d’affreuse solitude qui étreignit douloureusement son cœur. Elle aurait tant voulu revoir une fois encore ce mystérieux ami qui l’avait sauvée des griffes de Louise Adet et grâce à qui elle allait retrouver son père. Elle fut plus que jamais persuadée que cet homme devait être le Mouron Rouge et qu’il désirait rester inconnu, même à ceux à qui il sauvait la vie. Elle avait vu sa haute silhouette et avait senti le contact de sa main ; le reconnaîtrait-elle lorsqu’elle le retrouverait plus tard, en Angleterre, en de nouveaux jours heureux ? Elle pensa qu’en tout cas, elle le reconnaîtrait grâce à sa voix et à sa façon de parler, si différentes de celles des autres Anglais qu’elle avait connus.

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