‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 78 sur 83 · 9.2

9.2

— Il ne peut pas s’échapper de l’île, avait déclaré Fleury.

Il ne restait en effet plus grand-chose à faire pour capturer le lièvre. Les ponts étaient tous bien gardés, l’île regorgeait de « Marats » en faction un peu partout et la Loire empêchait implacablement toute retraite. Chauvelin, l’ennemi le plus tenace, le capitaine Fleury, avide de toucher sa récompense et de gagner la reconnaissance du proconsul, Martin-Roget enfin, ivre d’assouvir sa vengeance, tous trois étaient aux aguets à quelques pas de leur proie.

Si, pour le moment, l’Anglais avait disparu avec son fardeau comme avalé par la nuit, il n’y avait quand même aucun endroit par où il puisse s’échapper ; il s’était probablement dissimulé sous quelque porche, jouant à cache-cache avec ses poursuivants.

Fleury était maintenant d’excellente humeur. Il donna l’ordre à ses hommes de rester à leurs postes toute la nuit. Si cela convenait à l’Anglais de rôder jusqu’au matin sur l’île, il était le bienvenu, et le lendemain on s’occuperait de lui.

Les oisifs, qui s’étaient joints si promptement à cette chasse à l’homme, continuèrent à parcourir les rues en proie à une vive agitation ; parfois, ils poussaient un cri de joie, croyant avoir découvert le fugitif dans l’obscurité, puis, sans se décourager, ils reprenaient de nouveau leurs recherches.

Les gendarmes, jaloux des « Marats », essayèrent de leur côté de mettre la main sur l’insaisissable Anglais, espérant ainsi recevoir la récompense. Fleury, rencontrant le prévôt, l’apostropha brutalement :

— Mes hommes s’occuperont de ce traître, citoyen, ce n’est pas ton affaire.

Le prévôt protesta et une dispute allait éclater, lorsque Chauvelin intervint avec sa diplomatie habituelle.

— Et pourquoi, dit-il d’une voix conciliante, ne pas laisser également les gendarmes participer à nos recherches ? Ces hommes peuvent réussir à débusquer notre lièvre et à le faire sortir de son trou, puis les « Marats » s’en empareront rapidement.

Le prévôt accepta la proposition. Il serait toujours temps, pensa-t-il, de discuter la récompense au moment de la capture et, sans adresser le moindre salut à Fleury, il tourna les talons et s’éloigna.

— Qu’il fasse ce qu’il veut, grommela Fleury, aussi longtemps que cet imbécile et sa bande ne gêneront pas mes hommes.

— Ne voudrais-tu pas aller voir tes sergents, citoyen capitaine ? demanda Chauvelin d’une voix persuasive, tout le monde doit être particulièrement vigilant et tes « Marats » auront besoin d’une surveillance constante. Si je puis être d’une utilité quelconque…

— Non, répliqua Fleury sèchement, je sais m’occuper de ma compagnie mieux que personne. D’ailleurs, toi et le citoyen Martin-Roget, vous feriez mieux d’aller trouver le proconsul pour le mettre au courant de ce qui se passe.

— Il aura une peur de tous les diables, répondit Chauvelin, en apprenant que l’Anglais est dans l’île.

— Tu le rassureras autant que tu le pourras. Dis-lui que mes hommes gardent toutes les issues de l’île et que je veille personnellement aux opérations. Démontre-lui bien, citoyen, que l’Anglais n’a aucune chance d’évasion possible, à moins qu’il ne veuille se noyer dans la Loire avec cette femme.

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