‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 9 sur 83 · 1.3

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Les voyageurs étaient arrivés à un point où le chemin descendait en pente douce jusqu’au niveau de la rivière Chew, à quelques milles de là. À mi-hauteur de la descente, on pouvait apercevoir le seul signe de vie de toute la région, une faible lumière qui brillait au loin. Le silence était impressionnant ; même l’air paraissait immobile. Seul le faible murmure venant d’une petite rivière, qui cheminait dans son lit rocailleux vers quelque lointain fleuve, se faisait entendre.

— Encore cinq minutes et nous sommes, à l’Auberge Basse, dit le bonhomme, en réponse à une interrogation impatiente de son compagnon de route.

— Oui, si nous ne nous rompons pas le cou avant dans cette maudite obscurité, répliqua l’autre, dont le cheval venait de trébucher, manquant de précipiter dans la boue son maladroit cavalier.

— J’ai autant envie que vous d’arriver, m’sieu, observa laconiquement le paysan.

— Je pensais que tu connaissais le chemin, grommela l’étranger.

— Eh bien ! je vous ai conduit sans accroc à travers la nuit, répliqua l’autre. J’me trompe peut-être mais vous aviez l’air rudement embêté à Chelwood, m’sieu ; qui d’autre vous aurait amené ici à cette heure de la nuit, j’aimerais le savoir, et de plus par ce sale temps, hein, dites ? Vous vouliez aller à l’Auberge Basse et ne saviez comment y arriver. Aucun des autres types, à Chelwood, ne voulait vous aider à trouver vot’ chemin. J’vous ai amené à c’te auberge. Alors… Hep-là ! Hep-là ! Holà, ma belle ! Ah ! la maudite bête, holà !

Et pendant les quelques instants qui suivirent il concentra toute son attention pour se maintenir en selle, ce qui paraissait une entreprise difficile. Ils étaient arrivés.

La petite lumière qu’ils avaient aperçue de loin se révéla être celle d’une lanterne accrochée au-dessus du porche en bois d’une petite maison que l’on distinguait à peine dans le brouillard. Construite à l’angle de la route, d’où une étroite allée partait vers les marais, le tout s’estompait dans l’obscurité.

C’était une maisonnette laide, carrée comme une boîte, en pierre grise, la façade s’alignant en bordure du chemin et l’arrière flanqué de quelques dépendances. Au-dessus du porche, une pancarte très ordinaire était suspendue, portant en lettres blanches sur fond noir l’inscription L’Auberge Basse. De chaque côté, ainsi qu’au premier étage, on apercevait deux fenêtres, dont les volets étaient clos.

L’ensemble était vraiment peu attrayant et, à part la faible lumière de la lanterne et quelques rayons filtrant à travers les interstices des volets, tout avait l’air mort.

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