Scène X.
THOMAS, puis ARTHUR.
THOMAS, seul, en manches de chemise et tenant l’habit.
Bien des choses chez vous !… Il s’en va gai comme un pinson… Il croit qu’il a fait un bon marché… (Examinant l’habit.) Des vrais boutons d’or !… du vrai velours !
ARTHUR, entrant par la droite et apercevant Thomas qui tient l’habit.
Ah bravo, Frontin ! Je vois que tu as fait diligence.
THOMAS.
Quoi donc ?
ARTHUR, considérant l’habit.
Oh ! oh ! c’est du bon faiseur !… Tu as du goût !
THOMAS, se rappelant et poussant un cri.
Ah !
ARTHUR.
Qu’as-tu donc ?
THOMAS.
Rien… Votre habit…
ARTHUR.
Voilà une heure que je l’admire… Voyons s’il me va ! (Thomas l’aide à mettre l’habit, puis il prend la robe de chambre que vient de quitter Arthur et son habit de livrée, et entre dans le cabinet à gauche. — Arthur, devant la glace à droite.) Mais c’est très bien, parfait… Je l’aurais commandé moi-même que…
THOMAS, rentrant, la livrée sur le dos, et poussant un second cri.
Oh !
ARTHUR.
Quoi ?
THOMAS.
Il vous colle… C’est un gant !… Il vous poisse !
ARTHUR.
De la richesse de l’élégance !
THOMAS.
Et puis c’est cousu… Malpeste !
ARTHUR.
C’est bien, c’est bien… Ma bourse, maintenant… Donne-moi ma bourse.
THOMAS.
Ah ! oui… les vingt-cinq louis… Votre tic…
ARTHUR.
Comment !… mon tic ?
THOMAS.
Oui… J’vas vous dire : l’argent est si rare, en ce moment, que je n’ai pas pu avoir d’or…
ARTHUR.
Comment ! faquin ! je t’avais donné une heure, pourtant !… Mais à quoi es-tu bon ? Voyons, parle, que sais-tu faire ? Imbécile ! maladroit ! butor ! Je te ferai bien voir !… (Tout en parlant, il a mis la main dans sa poche gauche et en retire une bourse.) Ah ! ah ! ah ! Pardon, Frontin, réparation d’honneur… C’est moi qui ai tort…
THOMAS, étonné, à lui-même.
Une bourse !
ARTHUR.
Et moi qui le grondais, ce pauvre garçon !… Ah ! dame ! c’est que tu joues la comédie dans la perfection !… (Ouvrant la bourse et comptant.) De beaux louis, ma foi !… Dix, vingt, vingt-six… Un de plus !… Ah ! Frontin ! tu fais trop bien les choses !
THOMAS.
Il y en a vingt-six ?… (Tendant la main.) C’est un de trop, je me suis trompé.
ARTHUR, faisant mine de le lui rendre.
C’est juste ! (Se ravisant et mettant la bourse dans sa poche.) Eh bien ! tu me le retiendras la prochaine fois.
THOMAS, à part.
La prochaine fois !… Il mangerait le Pérou, avec son tic !
ARTHUR, à part.
Maintenant, allons trouver M. de Sérigny. (Haut.) Je suis content de toi, je te permets de te griser.
THOMAS.
Oh ! si ça vous était égal, j’aimerais mieux casser une croûte… L’estomac commence à… Je mangerais volontiers quelque chose de succulent… du veau…
ARTHUR, devant la glace.
Eh bien mange, mon garçon, mange du veau.
THOMAS.
C’est que… (À part.) Où diable mettent-ils le garde-manger ?
ARTHUR.
N’es-tu pas embarrassé ?… Vous verrez, tout à l’heure, que je serai obligé d’apprendre à monsieur Frontin à dépister un dîner ! Ah ! la bonne plaisanterie ! Ah ! ah ! ah ! il est très drôle !
(Il remonte la scène.)
THOMAS, à part.
Je suis drôle ! je suis drôle !… Ah ! si la maison n’était pas si bonne !…
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