‹ Le Roi des FrontinsChapitre 11 sur 32 · Scène XI.

Scène XI.

THOMAS, MARINETTE, ARTHUR.

ARTHUR, près de sortir.

Marinette !

MARINETTE.

Tout est perdu !

ARTHUR.

Ah ! mon Dieu !

MARINETTE.

Ma maîtresse a disparu !

ARTHUR.

Que dis-tu ?

THOMAS, élevant la voix.

Elle dit : Ma maîtresse a disparu !

MARINETTE.

Son frère est venu la chercher pendant que j’étais ici sans doute, pour la soustraire à vos poursuites.

ARTHUR.

Mais on connaît le lieu de sa retraite ?

MARINETTE.

Ah bien ! oui ! Sa tante même l’ignore.

ARTHUR.

Que faire ?… Où la retrouver ?… Ah ! si je n’écoutais que mon désespoir…

MARINETTE.

Que dites-vous ?

THOMAS, élevant la voix.

Il dit : Ah ! si je n’écoutais que mon désespoir !

MARINETTE.

Eh ! j’entends bien !

THOMAS.

Alors, c’est de la méchanceté… faire répéter, c’est de la méchanceté !

ARTHUR, à lui-même.

Ah !… une dernière espérance ! (Haut.) Allons, Frontin, allons, en campagne !… l’oreille ouverte et le nez au vent.

THOMAS.

Le nez au vent !… (À part.) Quel est son projet ?

ARTHUR, à Frontin.

Va, questionne, interroge… et si tu parviens à découvrir sa demeure, cent louis pour toi !

THOMAS, à part, prenant son chapeau sur le guéridon à gauche.

Cent louis ! quel bonheur !

MARINETTE, ramassant la lettre.

Oh ! un poulet !

THOMAS, se retournant.

Cuit ?… Où ça ?

MARINETTE, poussant un cri, après avoir regardé l’adresse de la lettre.

Ah ! mon Dieu !

THOMAS.

Hein ?

ARTHUR.

Quoi ?

MARINETTE, lisant.

« À mademoiselle Camille de Sérigny, au couvent de la Visitation. »

ARTHUR.

L’adresse de Camille !…

MARINETTE.

Déjà !

ARTHUR.

Et c’est Frontin !…

THOMAS, à lui-même.

Qu’est-ce que j’ai encore fait ?…

ARTHUR.

Mais tu es mon sauveur… mon bienfaiteur, mon ange tutélaire !…

THOMAS.

Je suis tout ça… tout ça à la fois !

ARTHUR.

De qui peut être cette lettre ?… Ma foi ! en guerre, tout est permis !

(Il ouvre la lettre.)

THOMAS, regardant Arthur, à part.

La lettre de l’autre !

ARTHUR, lisant la lettre.

Que vois-je ? la signature du frère !… (Passant sur le devant, à droite.) Une conspiration contre le régent… il est compromis !…

MARINETTE, à Thomas.

Comment ! te voilà le confident du frère ?…

THOMAS, à part.

Le frère ! le frère !… le frère à qui ?

MARINETTE.

Bien joué, Frontin !… Ah ça ! tu l’as donc vu ?

THOMAS.

L’autre ?… oui. (Passant au milieu.) Nous avons jabotté un moment… Il n’est pas fort… Je l’ai mis dedans.

ARTHUR.

Viens, Marinette… j’ai hâte d’arriver au couvent.

MARINETTE.

Mais, une fois là, comment entrer dans la place ?

THOMAS.

Parbleu ! par la porte !

ARTHUR.

Il a raison ! (Montrant la lettre.) Voici notre passeport.

MARINETTE.

Frontin n’a rien oublié !

THOMAS.

Oh ! mon Dieu ! c’est le tout de s’y mettre… une fois qu’on y est…

ARTHUR.

Partons !

MARINETTE.

AIR : Quel amour de corsaire. (Le Vengeur.)

Poursuis tes avantages,
On a les yeux sur toi !

ARTHUR.

Je veux doubler tes gages,
Pour t’attacher à moi !

THOMAS.

Cett’ mesur’ vous honore ;
Quoi ! vous doublez mon gain !
(À lui-même.)

Quel dommag’ que j’ignore
Ce que j’gagnais c’ matin !

ENSEMBLE.

J’obtiens des avantages
Dans mon nouvel emploi ;
On veut doubler mes gages,
Je n’ sais pas trop pourquoi.

MARINETTE.

Poursuis tes avantages,
On a les yeux sur toi !
Puisqu’on double tes gages,
Remplis bien ton emploi.

ARTHUR.

Poursuis tes avantages,
On a les yeux sur toi !
Je veux doubler tes gages,
Pour t’attacher à moi.

(Arthur et Marinette sortent par le fond.)

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