‹ Le Roi des FrontinsChapitre 9 sur 32 · Scène IX.

Scène IX.

THOMAS, SÉRIGNY.

SÉRIGNY, entrant vivement par la fenêtre de droite.

Il était temps !

THOMAS, se retournant.

Hein ?… Au voleur ! au voleur !

(Il enfile précipitamment l’autre manche.)

SÉRIGNY.

Silence ! Au nom du ciel, ne me perdez pas !

(Il fait un pas.)

THOMAS, effrayé, se mettant en garde avec la longue-vue.

Arrière, inconnu ! Je suis armé !

SÉRIGNY.

Ne craignez rien ! Gentilhomme comme vous, je suis poursuivi, traqué pour un motif… honorable.

THOMAS.

Connu ! (À part.) C’est un filou !

SÉRIGNY.

J’ai pu parvenir jusqu’ici à l’aide de ce grand balcon… Écoutez !… non ! je n’entends plus rien !… je puis encore me sauver…

THOMAS.

Je ne vous retiens pas.

SÉRIGNY.

Mais cet habit qu’ils ont vu dans ma fuite pourrait me trahir… donnez-m’en un autre !… Un habit ! au nom du ciel, un habit !

THOMAS, à part.

Encore un qui veut un habit !

SÉRIGNY.

Quoi ! monsieur, vous hésitez ?

THOMAS.

Eh ! vous croyez que c’est facile. D’abord, monsieur, les habits sont très demandés par le temps qui court, et…

SÉRIGNY.

Eh ! monsieur, je n’ai qu’une minute !

THOMAS.

Eh ! monsieur, je n’ai qu’un habit !

SÉRIGNY, le forçant presque à ôter l’habit.

Donnez toujours, je m’en contenterai !

THOMAS, se laissant faire.

Il est charmant ! Eh bien ! et moi ?… J’irai donc nu-bras, comme un boulanger ?

SÉRIGNY, ôtant son habit qu’il donne à Thomas, et endossant l’autre.

Vous prendrez le mien.

THOMAS.

Un instant !… (Il examine l’habit de Sérigny.) Boutons d’or, doublure de soie… ça me va !… Ah ça ! c’est bien cousu, au moins ?

SÉRIGNY, à la table de droite, écrivant.

Encore un service, monsieur… Je quitte la France, je passe la frontière… C’est un dernier adieu que je veux adresser à une personne qui m’est bien chère !…

THOMAS.

Allez, allez, pendant que vous y êtes, bah !

SÉRIGNY.

Je puis partir maintenant, elle est en lieu sûr.

THOMAS.

Ah ! tant mieux !

SÉRIGNY, lui remettant la lettre qu’il a écrite.

Tenez, soyez assez bon pour faite porter cette lettre à son adresse, tout près d’ici, à Bagatelle.

THOMAS.

Bagatelle encore bagatelle ! (À part.) Qu’est-ce qu’ils ont donc tous à me poursuivre de ce mot-là. (Haut.) Je vais appeler un Auvergnat.

SÉRIGNY.

Non pas, un de vos gens… un homme fidèle, discret…

THOMAS.

Soyez tranquille, elle sera portée… (Il jette la lettre dans son chapeau qui est sur le guéridon à gauche.) Elle est portée.

SÉRIGNY.

Maintenant, monsieur, votre main et votre nom ?

THOMAS.

Mon nom !… Thomas, de Poissy.

SÉRIGNY, solennellement.

Monsieur de Poissy, vous vous êtes acquis aujourd’hui des droits à la reconnaissance et à l’épée d’un homme de cœur… Nous nous reverrons.

(Il sort par le fond.)

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