7.2
C’est ainsi que le visiteur tardif put traverser la cour et monter le sombre escalier du fond sans encombre. Cependant même ce fait rassurant ne put lui redonner confiance. Il hâta le pas, regardant par-dessus son épaule de temps en temps, les yeux et les oreilles grands ouverts, le cœur battant.
Malade, étourdi, il se dépêchait le long de l’escalier étroit, cherchant de ses mains tremblantes l’appui du mur, et il grimpa ainsi jusqu’au troisième étage. Là il s’étala de toute sa longueur sur le palier, et à demi redressé, se traîna sur les genoux jusqu’à une des portes, celle qui avait le numéro 22 peint sur le panneau. Il faillit une fois encore s’évanouir. La peur et le soulagement se disputaient dans son cerveau affolé. Il n’avait pas assez de force pour étendre le bras et sonner, et il frappa doucement contre la porte d’une main moite.
La porte s’ouvrit et le malheureux tomba en avant dans le vestibule aux pieds d’une apparition de haute taille qui élevait une petite lampe de table au-dessus de sa tête. L’apparition poussa un petit cri qui était humain et féminin, posa vivement la lampe sur une console voisine, et reculant dans le vestibule, traîna avec elle le jeune homme presque inanimé, car il tenait à pleines mains la jupe blanche avec la force du désespoir.
— Je suis perdu, Theresia, gémit-il. Cachez-moi, pour l’amour de Dieu, seulement pour une nuit !
Theresia Cabarrus, maintenant, fronçait le sourcil, semblait plus étonnée qu’émue et ne faisait aucun geste pour relever l’homme qui gisait à ses pieds. Elle appela très haut :
— Pepita !
Et, en attendant la réponse à son appel, resta immobile tandis que sur sa figure la grimace de surprise se changeait en grimace de peur. Le jeune homme, toujours à demi inconscient, répétait ses supplications.
— Silence, imbécile, dit-elle seulement. La porte est toujours ouverte. N’importe qui dans l’escalier peut vous entendre… Pepita ! répéta-t-elle plus impatiemment.
Alors parut une vieille femme qui leva les mains à la vue du corps étendu sur le parquet. Elle aurait sans doute éclaté en lamentations si sa jeune maîtresse ne lui avait pas ordonné de fermer la porte tout de suite.
— Maintenant, aide le citoyen Moncrif à gagner le sofa dans ma chambre, ajouta-t-elle. Donne-lui un reconstituant et veille à ce qu’il tienne sa langue.
D’un mouvement rapide elle se libéra de l’étreinte convulsive du jeune homme et, traversant avec rapidité le petit vestibule, elle s’en alla par une porte qui était restée entrebâillée, abandonnant l’infortuné Moncrif aux soins de Pepita.