‹ Le triomphe du Mouron RougeChapitre 32 sur 87 · 12.4

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Lord Hastings, le plus jeune et le plus gai de la compagnie, guida les deux Français vers la salle du café où, avec beaucoup de mots en mauvais français et de paroles aimables pour les encourager, tout le monde fit de son mieux pour mettre les étrangers à leur aise.

Lord Anthony Dewhurst et Sir Andrew Ffoulkes, un petit peu plus sérieux, mais tout de même aussi heureux du succès de leur aventure périlleuse que de la perspective de revoir leurs femmes, restèrent un peu plus longtemps dans le hall pour s’entretenir avec les marins qui avaient apporté les bagages.

— Avez-vous su quelque chose de Sir Percy ? demanda Lord Tony.

— Non, milord, répondit le marin ; rien depuis qu’il a débarqué ce matin. Milady l’attendait sur la jetée. Sir Percy a gravi rapidement les marches et nous a crié de revenir vite. « Dites à leurs seigneuries, a-t-il dit, que je les verrai au Repos du Pêcheur. » Puis Sir Percy et milady sont partis et nous ne les avons plus vus.

— Il y a de cela plusieurs heures, dit Sir Andrew avec un demi-sourire.

Lui aussi pensait à son prochain retour près de sa jolie Suzanne.

— Il était juste six heures quand Sir Percy a quitté le bateau, reprit le marin. Et nous avons ramé vite pour revenir après l’avoir déposé, mais le Day Dream a dû attendre la marée. Nous sommes restés longtemps sans entrer dans le port.

Sir Andrew fit un signe de tête.

— Savez-vous, dit-il, si le commandant a d’autres ordres ?

— Je ne sais pas, monsieur. Mais il nous faut toujours être prêts. Personne ne sait lorsque Sir Percy peut décider de mettre à la voile.

Les jeunes gens ne dirent plus rien et les marins saluèrent et partirent. Lord Tony et Sir Andrew échangèrent des sourires entendus. Ils s’imaginaient aisément leur cher bien-aimé, infatigable, comme un garçon délivré de l’école, joyeux d’avoir encore passé indemne à travers un danger mortel, serrant sa femme adorée dans ses bras et partant à l’aventure avec elle. Dieu seul savait où, pour vivre la brève vie de joie et d’amour que son énergie indomptable et son courage inflexible concédaient au côté sentimental de sa nature.

Il n’avait pas eu la patience d’attendre que la marée permît au Day Dream d’entrer dans le port et s’était fait mener en barque à l’aube naissante là où la belle Marguerite, fidèle à tous les rendez-vous qu’il lui assignait par de mystérieux truchements, était prête à le recevoir, à oublier dans ses bras les jours d’anxiété et de tourment cruel qu’elle avait dû passer maintes et maintes fois.

Ni Lord Tony, ni Sir Andrew, les deux plus fidèles et zélés lieutenants du Mouron Rouge, ne jalousaient leur chef pour ces quelques heures de joie pendant lesquelles ils restaient chargés des gens qu’ils venaient de sauver de la mort. Ils savaient que, dans un jour ou deux, peut-être dans quelques heures, Blakeney s’arracherait lui-même à l’étreinte de sa délicieuse femme, au confort et au luxe d’un foyer idéal, aux compliments de ses amis, aux plaisirs de la fortune et de la vie mondaine pour ramper dans la crasse et les immondices de quelque coin reculé de Paris où il pourrait prendre contact avec les innocents qui souffraient… les pauvres victimes terrifiées de la révolution. Dans quelques heures, peut-être, il recommencerait à risquer sa vie à chaque minute pour sauver une pauvre créature pourchassée, homme, femme ou enfant, de la mort qui la menaçait aux mains de ces monstres inhumains qui ne connaissaient ni miséricorde ni compassion.

Comme chacun des dix-neuf membres de la ligue, ils avaient leur tour pour suivre leur chef là où le danger était le plus grand. C’était un privilège ardemment recherché, mérité par tous, et accordé à ceux en qui Sir Percy avait le plus confiance. Invariablement il était suivi d’une période de repos dans l’heureuse Angleterre. Sir Andrew Ffoulkes, Lord Anthony Dewhurst et Lord Hastings avaient fait partie de l’expédition qui avait amené sains et saufs Mme de Serval, ses trois enfants et Bertrand Moncrif en Angleterre. Dans quelques heures, ils pourraient oublier tous les périls, toutes les aventures, libres d’oublier toute chose, sauf leur vénération pour leur chef et leur dévouement à sa cause.

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