17.2
Avec d’infinies précautions, Theresia jeta un coup d’œil dans la pièce où elle avait laissé Bertrand. Elle le vit étendu sur le sofa, endormi.
Sur la table, au centre de la pièce, il y avait un vieil encrier de corne, une plume et quelques feuilles de papier. Discrète comme une souris, Theresia se glissa dans le salon, s’assit et écrivit rapidement quelques lignes. Bertrand n’avait pas bougé. Theresia plia sa missive et, toujours sur la pointe des pieds, alla glisser le papier entre les doigts mollement joints du jeune homme. Puis elle sortit, parcourut en hâte le couloir et revint de nouveau sous le porche, essoufflée, mais soulagée.
Bertrand n’avait pas bougé et personne ne l’avait vue. Theresia attendit de retrouver son souffle, puis sans hésiter, à grands pas, elle traversa la route jusqu’au quai et prit la même direction que Chauvelin.
Alors, la silhouette du vieil infirme sortit de l’ombre. Il regarda Theresia qui s’éloignait rapidement, déposa son ballot, étira son dos, étendit ses bras avec un soupir satisfait. Après ces étonnants préliminaires, il eut un rire muet, détacha sa jambe de bois, la jeta avec son ballot en travers de ses larges épaules et tournant le dos au port et à la mer, prit la rue Haute et s’en fut très vite.