18.2
Peu de gens savaient combien il coûtait à Marguerite de jouer ce rôle. L’identité d’un des plus grands héros qui aient jamais existé était connue de son pire ennemi, mais restait ignorée de ses amis. Marguerite continuait à sourire, à plaisanter, à flirter tandis que son cœur se brisait et que son cerveau était presque paralysé par l’angoisse. Ses amis intimes l’entouraient, évidemment ; cette magnifique petite troupe de héros qui formait la ligue du Mouron Rouge : Sir Andrew Ffoulkes et sa jolie femme, Lord Anthony Dewhurst et son épouse dont les grands yeux étaient encore emplis de la vision tragique qui avait assombri le premier mois de sa vie conjugale, et Lord Hastings, Sir Evan Cruche, le jeune Squire de Holt, tous les autres… !
Quant au prince de Galles, il est plausible qu’il avait deviné l’identité du Mouron Rouge, s’il n’en avait pas été informé officiellement. Il est certain que son tact et sa discrétion permirent plus d’une fois à Marguerite de se tirer de situations embarrassantes.
Auprès de ces amis, dans leur conversation, leur rire heureux, leur magnifique courage et leur non moins magnifique gaieté, réplique de celle de leur chef adoré, Marguerite trouvait les consolations qui lui étaient nécessaires. Avec Lady Andrew Ffoulkes, avec Lady Anthony Dewhurst, tout lui était commun. En compagnie des membres de la ligue qui étaient présents en Angleterre, elle pouvait parler et refaire en pensée les diverses étapes de l’aventure où son bien-aimé et ses amis étaient engagés. Enfin, elle pouvait vivre les souvenirs heureux d’un bonheur parfait où l’amour, l’altruisme, la compréhension, la bonté sans bornes étaient mêlés.