‹ Le triomphe du Mouron RougeChapitre 51 sur 87 · 20.1

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Lorsque Marguerite Blakeney revint tout à fait à elle, le soleil était bas à l’occident. Elle était dans une voiture, qui n’était plus la sienne, que l’on enlevait sur la route à une vitesse terrifiante. Elle était seule, la bouche bâillonnée, les poignets et les chevilles ligotés ; elle ne pouvait ni parler ni bouger, un colis impuissant qu’on transportait… où ? et pour le compte de qui ? Bertrand n’était plus là. Par la glace de séparation elle pouvait apercevoir les vagues silhouettes de deux hommes assis sur le siège du cocher, tandis qu’un troisième montait le cheval de flèche. Quatre chevaux tiraient la légère voiture qui volait dans la direction du sud-est tandis que les ombres du soir descendaient rapidement.

Marguerite avait trop vu de cruautés et de barbarie en ce monde, elle savait trop quelle haine peut exister entre deux pays ennemis, quelles rancœurs suscitait son mari pour ne pas deviner d’où le coup était parti. Quelque chose dans la silhouette qui lui tournait le dos, quelque chose aussi dans la coupe du vêtement élimé, l’arrangement du nœud noir sur la nuque, lui était assez familier pour qu’elle n’eût plus de doute. Ce n’était pas du simple brigandage, un enlèvement en vue d’une rançon, c’était là l’œuvre des ennemis de son mari qui, à travers elle, essayaient une fois de plus de l’atteindre. Bertrand Moncrif avait été l’appeau. Comment l’avait-on incité à se retourner contre celui qui l’avait sauvé ? Marguerite n’était pas en état de faire des suppositions à ce sujet. Il était parti emportant avec lui, peut-être pour toujours, le secret de son ressentiment. Ligotée, impuissante comme elle était, Marguerite n’avait qu’une pensée : de quelle façon les démons qui la tenaient prisonnière comptaient-ils se servir d’elle contre la vie et l’honneur du Mouron Rouge ? Elle avait déjà été en leur pouvoir il n’y avait pas si longtemps, à Boulogne, et Percy en était sorti sain et sauf, victorieux d’eux tous.

Marguerite, dans son impuissance s’efforçait de méditer sur cette époque où ses ennemis avaient préparé une coupe d’humiliation et d’horreur qui, par elle, devait parvenir jusqu’au Mouron Rouge et où l’innocence de la jeune femme et l’audace de son mari avaient brisé la coupe avant qu’elle approchât de leurs lèvres. Vraiment, sa situation à Boulogne était aussi terrible, aussi désespérée que celle-ci. Elle était prisonnière alors comme aujourd’hui ; elle était aux mains de gens dont la vie et la pensée étaient depuis deux ans dirigées tout entière par le désir de défaire et d’annihiler le Mouron Rouge. Et la pauvre femme trouvait une satisfaction mélancolique à se remémorer tant d’occasions où l’étonnant aventurier avait complètement dupé ses adversaires, comme dans cette affaire de Boulogne où on avait voulu faire payer sa vie de celles de milliers d’innocents.

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